La nouvelle guerre des Mirage F1 ?

Qui aurait pu imaginer que le dernier refuge des Mirage F1 puisse être les Etats-Unis ? Alors même que ce chasseur-bombardier déjà cinquantenaire n’est plus de nos jours utilisé (et en nombre très restreint) que par un nombre réduit de forces aériennes – notamment le Gabon, avec d’ex-F1AZ sud-africains, puis le Maroc, qui a modernisé autour de 2010 sa flotte restante de F1E avec succès à travers le programme ASTAC de Safran les ayant portés à un standard d’armement proche de lui du Rafale… Ceci sans compter la poignée de Mirage F1 qui subsistent en Iran (d’ex-avions irakiens) et en Libye, et au potentiel d’heures de vol limité.

Etonnamment et en dépit de son âge, le Mirage F1 constitue désormais une plateforme de choix pour l’USAF, l’US Navy et l’US Marine Corps, qui vont l’utiliser de manière intensive pour valoriser leur programme d’entraînement DACT (Dissimilat air combat training) à compter de cet automne ; alors même qu’est entamée, depuis plusieurs mois, la réduction du nombre de leurs célèbres unités de chasseurs «aggressors» dédiées créées au lendemain de la Guerre du Vietnam. Celles qui subsistent dans les trois armées se comptent désormais sur les doigts d’une main, dotées principalement de F-16C/N Fighting Falcon ou de F-5E/N Tiger II, censés adopter plus ou moins des tactiques empruntées aux ennemis de l’empire US. Face à ces réductions patentes l’USAF, par exemple, fait état d’un manque annuel de quelque 3 000 sorties d’entraînement DACT pour ses pilotes, afin de les rendre pleinement opérationnels, un déficit qui s’accroît depuis l’entrée en lice du F-35, un chasseur pour lequel nombre de phases tactiques restent inexploitées…

Pour les remplacer à terme et dans le but de faire des économies, le Pentagone va donc externaliser complètement la mission «adversary training» en la confiant à des entreprises privées sous contrat avec le gouvernement. Principalement dans le but de préserver les coûteuses heures de vol de ses chasseurs de pointe, notamment celles des F-22 Raptor et F-35 Lightning II, dont la mise en œuvre à l’heure de vol dépasse les 70 000 dollars selon les chiffres avancés par la cours des comptes (GAO), sans compter les dispendieuses inspections à répétition nécessaires toutes les 300 heures de vol !

Et le budget consacré à cette «cost-saving initiative» du Pentagone a de quoi aiguiser les appétits industriels : plusieurs centaines de millions de dollars à la clé avec des contrats courant sur plusieurs années, afin de fournir quelque 40 000 heures de vol annuellement sur douze bases aériennes différentes du pays, ceci sur une masse annuelle nécessaire de 36 231 heures d’entraînement précisément calculées à Washington ! Un beau gâteau par tranches de dizaines de millions de dollars qui sera certainement partagé entre les sociétés US Draken International et ATAC (Textron), ou encore la canadienne Discovery Air Defence Service, qui disposent toutes de moyens «Red Air» ou ADAIR (Adversary air) conséquents, aptes et déjà éprouvés avec des flottes d’anciens chasseurs A-4 Skyhawk, Hawker Hunter, Kfir C2/C7 et autres Denel Cheetah (Mirage III sud-africains modernisés) instrumentés en moyens ECM modernes, entre autres.

Comment expliquer le retour du Mirage F1 sur la scène internationale alors que la production de cet avion en France a cessé en 1992 avec les dernières livraisons de quelque 720 exemplaires vendus à une douzaine de forces aériennes de part le monde ? En fait, depuis que Dassault Aviation a cédé la propriété intellectuelle du Mirage F1 à la firme sud-africaine Paramount / Armscor, qui a racheté l’ensemble de la flotte de Mirage F1 sud-africains, c’est cette société (en partie entre les mains d’investisseurs israéliens) qui est la seule à pouvoir entretenir, moderniser et revendre ces avions sur le marché international, si l’on excepte les ventes d’Etat à Etat — sans garantie et en l’état — comme dans le cas de la soixantaine d’anciens Mirage F1CR et CT vendus l’an passé par la France à ATAC ou encore la vingtaine de Mirage F1M cédés par l’Espagne à Draken International.

Le Mirage F1 dispose d’atouts certains comme Adversary : sa vitesse supersonique de plus de Mach 2, sa maniabilité et sa SER (surface équivalent-radar) particulièrement faible ; cette dernière caractéristique ayant été révélée aux aviateurs US à leur corps défendant lors de la guerre du Golfe de 1991. Paradoxe de notre temps, c’est aujourd’hui les Etats-Unis qui s’apprêtent à déployer la plus importante flotte de Mirage F1 opérationnels de la prochaine décennie avec plus de 60 appareils répartis entre les  effectifs aériens des sociétés privées Draken et ATAC, qui ont acquis au cours des mois passés la plupart des avions précédemment en service en Europe sans compter un stock important de turboréacteurs Snecma Atar 9K50 dont l’entretien et les GV seront confiés à Paramount en plus des opérations de suivi des cellules. Devraient suivre d’autres Mirage F1 en provenance de Jordanie et arrêtés de vol depuis des lustres faute de révision moteur…

Un avantage net va certainement aux 22 Mirage F1M espagnols rachetés l’an dernier par Draken International : tous ces appareils sont les survivants d’une trentaine de cellules modernisées au tournant du siècle par Thales et Sextant avec le « nec plus ultra » d’alors : un nouveau «glass cockpit», un «smart» HUD, un système de navigation inertielle avec interface GPS, des moyens radio Otan cryptés Have Quick 2, un IFF Mode 4, des lance-leurres, etc., sans compter un radar Cyrano IV modernisé avec un ensemble de fonctions au goût du jour. Les premiers de ceux-ci sont actuellement en cours de remontage sous la houlette de Paramount Aerospace Systems sur le site de Draken International de Lakeland, en Floride, et devraient faire leur apparition sur les aérodromes militaires US dès cet automne, une fois leurs pilotes civils sous contrat (en majorité d’anciens militaires américains) transformés sur «F1» chez Paramount en Afrique du Sud. Pour le Mirage F1 une nouvelle guerre plus pacifique se profile aux Etats-Unis et qui devrait traverser toute la décennie qui arrive.

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