La Norvège : talon d’Achille de l’Otan face à la Russie ?

La Défense norvégienne n’accorde pas suffisamment d’attention aux parties septentrionales du royaume, estiment des sources norvégiennes et américaines. En présentant, le 3 avril, son rapport 2017 sur la Défense, le CEMA, l’amiral Haakon Bruun-Hanssen, a pointé le renforcement de la présence militaire norvégienne dans les comtés septentrionaux, les plus proches de la frontière avec la Russie et de la mer de Barents, en parlant de «nouvelle normalité». Selon lui, la Marine royale a effectué 48% de ses activités au large du Grand Nord norvégien l’an dernier, avec la présence continue d’au moins un sous-marin. Les patrouilles aériennes ont eu lieu «à un niveau élevé» et l’armée de terre était présente de manière régulière dans le Finnmark, le comté limitrophe de la Russie.

Cette présence ira en s’accroissant, comme prévu par la LPM courant jusqu’à la fin 2020, et en dépit des problèmes liés au retard dans la livraison des hélicoptères NH90. Cela dit, ce tableau est altéré par divers éléments. D’abord les propos du général de brigade Eldar Berli. Juste avant de prendre sa retraite, celui qui dirigeait l’armée de terre dans le Grand Nord a estimé que la défense de cette région souffrait d’un manque de moyens, malgré une amélioration récente. «Nous continuons à rouler sur des chars des années 80 et notre artillerie remonte aux années 60», a-t-il déclaré en mars dans le quotidien VG. Il souhaiterait que l’armée de terre soit dotée de 50 à 80 chars modernes, de capacités de soutien autonomes en hélicoptères et de plus de personnel.

D’autant qu’un incident survenu à Pâques a mis en évidence le manque de moyens norvégiens au-delà du cercle arctique. L’armée de l’air n’a pas pu envoyer d’avion de patrouille maritime P-3 Orion depuis la base d’Andøya pour surveiller d’importants exercices effectués par la Flotte russe du Nord en mer de Barents. Par mesure d’économies, la base est restée vide du 28 mars au 3 avril, a assuré (sans être démenti) le site spécialisé Aldrimer, tandis que dix navires de surface russes et un nombre indéterminé de sous-marins s’entraînaient près des eaux norvégiennes. Selon le site, l’armée allemande a fini par envoyer un P-3C Orion et les Américains un Boeing E-3G Sentry basé en Allemagne.

Cette insuffisance norvégienne suscite également des inquiétudes aux Etats-Unis. En mars, Aldrimer évoquait une note émanant de la Defense Intelligence Agency (DIA) soulignant les faiblesses opérationnelles norvégiennes dans le Grand Nord et plaidant en faveur du stationnement, par rotation, d’une vingtaine d’avions de chasse et de huit à douze P-8A Poseidon américains sur deux bases du nord du royaume (Andøya et Bardufoss), pour mieux répondre au défi russe. A défaut, la DIA préconiserait un plan B, consistant à ramener la ligne de défense américaine sur ce flanc Nord de l’Otan près de la ville de Bergen, 1 600 km plus au sud.

En recevant son homologue norvégien le 21 mars, le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, a refusé d’indiquer s’il approuvait ces recommandations. «Nous répondrons si la Norvège en fait la demande.» Ce à quoi Frank Bakke-Jensen a rétorqué qu’un tel renforcement américain, en complément des trois cents Marines stationnés à Værnes (nord) depuis janvier 2017, n’était pas d’actualité.

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