La Légion commémore le 150e anniversaire du combat de Camerone

La Légion étrangère (LE), unité parmi les plus emblématiques et les plus reconnues, a fêté, le 30 avril dernier, le 150e anni­versaire du combat de Camerone. Ce dernier s’est déroulé le 30 avril 1863 au Mexique, où 65 légionnaires se sont trouvés opposés à une armée de 2 000 Mexicains. Après onze heures de combat acharné, un officier et cinq légionnaires, les derniers hommes encore en état de combattre, ont trouvé la force de charger l’ennemi à la baïonnette. Camerone est devenu le symbole du caractère sacré de la mission et de la fidélité à la parole donnée. Où quelle soit, la Légion commémore ce combat. Pour ce 150e anniversaire, une cérémonie a eu lieu le 30 avril à Aubagne, la maison-mère de la Légion, en présence de Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, et du général d’armée Bertrand Ract-Madoux, chef d’état-major de l’armée de terre. A cette occasion, le général de division Christophe de Saint-Chamas, commandant la Légion étrangère, a accepté de répondre à quelques questions pour TTU.

Que représente, aujourd’hui, le com­bat de Camerone pour un légionnaire ?

Camerone est le combat de 60 hommes, commandés par un capitaine qui était manchot. C’était une mission de routine… de reconnaissance. Pendant le combat, alors qu’ils sont encerclés, que la probabilité «d’y passer» est plus que forte, le capitaine a demandé à ses légionnaires de faire le serment de se battre jusqu’au bout. Et ces étrangers ont dit «oui» à leur officier. Ce combat exprime hier comme aujourd’hui la relation entre le chef et le subordonné. Le chef est un officier français, issu en général d’une école, commandant des légionnaires qui sont des étrangers. La clé à la Légion, c’est cette fidélité entre l’étranger et son officier. Camerone, c’est l’occasion pour le légionnaire de renouveler la promesse de son engagement : «Est-ce que je suis prêt à accomplir une mission en tant qu’étranger au service de la France ?» Et pour l’officier, c’est un défi : « Est-ce que je suis à la hauteur ? Est-ce que mes subordonnés me suivront dans toutes les missions, jusqu’au bout si néces­saire ?» C’est parmi toutes les valeurs, ce renouvellement de l’engagement, le sens de la parole donnée, qui sont les spécificités de la Légion.

Depuis 150 ans beaucoup de choses ont changé, mais on a le sentiment que l’esprit de la Légion reste le même. Pour quelle raison ?
La Légion étrangère est toujours la même et a beaucoup changé. Il y a 50 ans, il y avait 40 nationalités et 25 000 hommes. Aujourd’hui, 150 nationalités pour 7 000 hommes. L’esprit est toujours le même mais le rayonnement est plus grand car on vient de toute la planète pour servir à la LE.

Quelles sont les spécificités qui font de la Légion étrangère ce corps mythique à la fois dans l’esprit des gens et du point de vue militaire ?
La caractéristique fondamentale de la Légion étrangère est que ce sont des étrangers qui font le choix de servir un pays qui n’est pas le leur. Un français sert la France, on le comprend, c’est beau. Un étranger veut servir un pays qui n’est pas le sien, c’est cela l’exception, c’est la particularité de la Légion. Le légionnaire a tout quitté. Pourquoi ? Peu importe, car il y a 7 000 raisons de venir, une par légionnaire. Il y trouve une famille, il est accueilli dans ce creuset, il est formé par la pédagogie de la Légion, avec des valeurs qui sont pérennes. C’est pour cette raison que le légionnaire se bat et sert la Légion étrangère avec honneur et fidélité. Si la renommée de la Légion étrangère est reconnue en France, à l’étranger, c’est souvent encore plus fort. Aux Etats-Unis, l’image de la Légion étrangère est exceptionnelle. Dans de nombreux pays, cette image est excellente. C’est la juxtaposition du soldat d’élite et du rayonnement de la France.

La Légion étrangère est parfaitement intégrée à l’armée française, notam­ment à la 6e BLB, la 11e BP, et la brigade de montagne, quelle est la plus-value de la Légion étrangère au sein de l’armée française ?
Ce n’est pas l’armée française qui décide d’intégrer la Légion étrangère, c’est la France qui a fait ce choix d’avoir à son service des étrangers qui portent les armes. C’est dans la loi et mon rôle est de faire appliquer cette loi en enga­geant un millier de légionnaires par an pour avoir une entité cohérente. La plus-value est une richesse humaine inégalée, un outil opérationnel reconnu. De même qu’on apprend le français à un légionnaire avec des phrases sim­ples, on lui apprend le combat avec des phrases très simples et une discipline au quotidien comme au combat. La Légion étrangère avance à 88 pas/mn, doucement, mais rien ne l’arrête, c’est sa force.

Le rôle de la LE a-t-il changé dans les conflits modernes ?
Lorsque la Légion étrangère a été créée, elle a été envoyée en Algérie. La France avait alors besoin de troupes et, dans les pays d’Europe, il y avait beaucoup de troupes étrangères. En 1962, la LE quitte l’Algérie et rentre en France. A partir de ce moment-là, elle est enga­gée dans les opérations, comme les autres unités de l’armée de terre. Lorsque le service national a été supprimé, la Légion étrangère a servi de labora­toire pour aider l’armée de terre à se professionnaliser. Aujourd’hui, les unités de la Légion étrangère sont engagées dans les missions qui lui sont confiées, que ce soit en Afghanistan, au Mali ou ailleurs.

Par rapport aux autres armées régu­lières, quelle est la plus-value militaire et technique ?
La Légion étrangère fait partie de l’armée de terre. La plus-value d’une troupe est liée à ses chefs. Si les chefs sont bons, les hommes seront excellents, si les chefs sont médiocres, la troupe sera nulle. C’est une constante. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise troupe, il y a des troupes bien ou mal commandées. Sur le plan technique, la Légion étrangère, comme toute l’armée de terre, a des équipements modernes, la NEB, que plusieurs régiments expéri­mentent, les équipements FELIN.

Combien de régiments et où sont-ils situés ?
La LE aujourd’hui, c’est en métropole cinq régiments de combat, le 2e REI de Nîmes, le 2e REP, le 1er REC à Orange, le 1er REG de Laudun, le 2e REG à Saint-Christol, 3 régiments en dispositif outre-mer : le 3e REI en Guyane, un détachement à Mayotte, le 13e DBLE aux Emirats Arabes Unis, et, pour faire fonctionner tout ça, le 1er RE ici à Aubagne, le 4e RE à Castelnaudary, qui fait l’instruction, et le groupement de recrutement au fort de Nogent.

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