La légende du bureau

BUREAU DES LEGENDESSous «couverture» d’une plongée réa­liste et sans concession dans le monde fermé de la DGSE, la série «Le bureau des Légendes», dont la saison 2 vient de commencer, reste une production télévisée sous contrôle.

Si la première saison a été un succès pour le premier chargé de communication de la DGSE, Nicolas Wuest-Famose (rem­placé en janvier dernier par Philippe Ullmann), la série produite par Canal+ s’inscrit dans la nouvelle stratégie «marketing» initiée en 2010 au boule­vard Mortier.

Officiellement, l’objectif est de montrer la DGSE sous une autre image, entre autres celle plus humaine et donc plus faillible de ses agents. Sans écorner, troubler, le mythe. La saison 1 du «Bureau des Légendes», diffusée l’année dernière, installait les personnages clés de ce département (le BDL) qui gère les «clandés» en mission à l’étranger, sous le commandement de «Malotru», le personnage principal. La saison 2 les montre en opération.

La préparation de la série, comme les thématiques des épisodes – dix par saison –, qui font directement échos aux dossiers internationaux du moment (Syrie, Iran, terrorisme…), ne sont pas nées de la seule imagination des scénaristes. Même si les éléments de langage servant la promotion racon­tent que la DGSE a résisté, puis finalement accepté d’entrouvrir ses portes, non sans en garder fermées quelques unes, l’ensemble de la «boîte» a été sollicitée pour contrôler et valider le produit final. Le bureau Moyen-Orient ayant été particulièrement mis à contribution sur les dossiers Syrie et Iran, deux pays «fleurons» au patrimoine de l’expertise de la DGSE.

La série donne à voir ce que la DGSE veut faire connaître d’elle. Quitte d’ailleurs à rendre ses acteurs moins glamours : Malotru n’est pas Malko, le prince espion de la série romanesque «SAS»… Le «Bureau des Légendes» permet ainsi à la DGSE de garder le monopole de sa version des faits, conformément à ses intérêts, à un moment où l’action des services du pays est questionnée après les attentats de 2015.

Le film «Made in France», qui est, à l’inverse, une plongée dans une cellule djihadiste en France et montre les difficultés des services à infiltrer ces réseaux, n’a pas connu le même destin que la série de Canal+. Les salles l’ont dépro­grammé au lendemain du 13 novem­bre. Tout comme le documentaire «Salafistes», qui a laborieusement reçu l’autorisation de sortie au cinéma en janvier 2016, mais avec une restriction de salles et d’âge : il donnait à entendre la parole des «ennemis», celles des groupes radicalisés du Sahel et du Moyen-Orient.

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