La guerre indirecte d’Israël

En bombardant pour la première fois le 18 juin les positions en Syrie de la milice irakienne Kata’ib Hezbollah (KH), Tel-Aviv a modifié sa stratégie pour neutraliser le corridor que l’Iran entend établir de Bagdad jusqu’à la Méditerranée. Malgré sa discrétion, Tsahal a multiplié depuis un an les frappes contre la force Al-Qods et les éléments du Hezbollah libanais.

En août 2017, plus d’une centaine de missions ont cherché à neutraliser les convois d’armements acheminés vers le Liban. Le survol du territoire israélien par un drone iranien en février a poussé Israël à frapper encore davantage dans la profondeur, en ciblant notamment la base T4 de Homs au mois d’avril, et les sites de lancement de roquettes sur le Golan en mai.

Si la menace d’une présence permanente de l’Iran à la frontière israélo-syrienne reste inacceptable pour Israël, cette présence n’est pas que militaire et déploie son réseau au travers d’infrastructures civiles, d’agents d’influence et de soutiens d’opportunités.

En ciblant KH, Israël a en fait cherché à jouer des contradictions du nouvel échiquier politique irakien pour fragiliser ce qui constitue l’essentiel des combattants de la force Al-Qods, à savoir les milices chiites irakiennes. KH a immédiatement intégré les Forces de mobilisation populaire (FMP), créées en 2014 par le ministère de l’Intérieur, pour s’opposer à Daech, qui menaçait d’entrer dans la capitale irakienne. Son leader, Abu Mahdi al-Muhandis, a servi au sein des Gardiens de la Révolution au cours des années 80 en Iran. Et ce sont les Forces de mobilisation populaire qui ont franchi l’Euphrate à l’automne 2017 pour soutenir le clan Assad.

Or, le chef de l’autre grande milice des FMP, Hadi al-Amiri, qui dirige l’organisation Badr, cherche à satisfaire ses ambitions politiques en rejoignant le gouvernement de Moqtada Sadr. Un gouvernement dont la priorité principale reste la neutralisation de Daech, qui cherche toujours à exacerber la lutte sunnites/chiites et à déstabiliser la région pétrolière de Kirkouk.

Le discernement des Israéliens semble avoir payé depuis, puisque dans la semaine qui a suivi le bombardement, la coalition politique Fatah, qui supporte activement les Forces de mobilisation populaire, s’est désolidarisée de KH. Plusieurs incidents ont ensuite opposé les forces de sécurité irakiennes à KH, qui a même donné l’assaut à un commissariat. Israël devrait poursuivre cette stratégie pour obtenir le retrait des FMP, avant que les forces d’Assad ne parviennent à contrôler tout le sud syrien et n’enracinent définitivement le dispositif militaire de Téhéran.

Articles similaires :
Partagez ce contenu :