La cyber influence africaine de Pékin

Le forum de coopération sino-africain qui s’est tenu en septembre a démontré que l’Afrique ne constitue pas seulement pour la Chine une fantastique réserve de matières premières. C’est aussi pour Pékin, en parallèle de son projet d’infrastructures «Route de la Soie», un moyen d’imposer ses réseaux de fibres optiques et ses dispositifs de cyber-surveillance pour, à terme, contrôler le continent au travers de ses flux d’informations. Le Think Tank américain Freedom House vient de publier un rapport qui décortique l’ambition chinoise.

La première étape a consisté pour Pékin à recourir massivement au dumping commercial pour imposer ses routeurs internet et ses réseaux de communication GSM. Le groupe Transsion Holding de Shenzen, spécialisé sur les marchés émergents, est désormais le premier fabricant de téléphones mobiles en Afrique au travers de la marque Infinix avec plus de 200 millions d’appareils vendus, et contrôle près de 40% du marché de l’Afrique sub-saharienne.

Alors que les groupes occidentaux tentent de répondre aux besoins ponctuels des gouvernements africains en termes de cyber-sécurité, Pékin propose une solution complète qui ne s’embarrasse guère des préoccupations liées aux droits de l’Homme. Et c’est précisément ce qui la rend très attractive pour bon nombre de dirigeants africains. Si certaines start-up, telles que CloudWalk, sont parvenues à s’imposer comme au Zimbabwe sur le marché de la reconnaissance faciale de masse, Huawei assure désormais de son côté tout le travail d’expertise et de conseil qui permet au gouvernement kenyan d’élaborer sa politique NTIC.

Par ailleurs, des juristes venus de Pékin ont permis aux ministères de la Justice ougandais et tanzanien d’élaborer l’ensemble de l’appareil législatif lié aux questions de cyber-sécurité. Un dispositif intégralement calqué sur le modèle chinois. En parallèle, plusieurs séminaires ont été organisés au cours des derniers mois au Maroc, en Egypte et en Libye pour former les experts cyber et média de ces pays aux outils chinois en termes de cyber-surveillance de masse mais aussi de contrôle de l’information à l’échelle d’un pays entier.

Du reste les procédures de cyber-sécurité chinoises deviennent désormais un passage obligé pour tout gouvernement cherchant à bénéficier des aides économiques (60 milliards de dollars pour 2019) et des retombées économiques du projet « Route de la Soie ». Mais cette aspiration au contrôle des marchés de cyber-sécurité africains s’accompagne également d’un certain entrisme. Si Pékin réalise plusieurs dizaines de millions de dollars d’investissements pour permettre à ses médias de se développer sur le continent, on estime que plus d’un millier de journalistes africains bénéficient chaque année d’une bourse pour suivre un cycle de formation en Chine populaire. Un entrisme qui tend à se radicaliser.

L’ambassade de Chine en Zambie, dont l’économie dépend largement des droits de concessions accordés à Pékin, a ainsi exigé l’extradition d’un professeur de droit kenyan un peu trop critique, mais surtout les services chinois auraient profité des routeurs de Huawei pour espionner depuis plus de cinq ans l’ensemble des échanges émis et reçus par le QG de l’Union Africaine à Addis-Abeba.

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