Kompromat 2.0

Divulgation des outils de cyber espionnage américains, Panama Papers, détournement fiscal de la couronne britannique, et maintenant implication financière du secrétaire au Commerce américain, Wilbur Ross, auprès du groupe gazier russe Sibur, appartenant au gendre de Vladimir Poutine, Kiril Shamalov… L’impact des révélations issues des lanceurs d’alertes, comme les Shadow Brokers ou l’ICIJ, discréditent désormais des pans entiers des institutions occidentales. Mais sont-elles toujours désintéressées ?

Dans le cadre de ses opérations cyber, le Kremlin a adapté au contexte de l’info-sphère la vieille méthode des services soviétiques consistant à diffuser des documents compromettants. Plus chirurgicale qu’une campagne de désinformation, et caractéristique des outils de contre-espionnage offensifs, il s’agit de ruiner la réputation d’organisations ou de personnalités clés, dans le but de les neutraliser définitivement. Ou, sous la menace de divulgation, de recruter de précieux nouveaux agents.

Le duo RT-Sputnik et sa pléiade de sites occidentaux relais, et les actions sur les réseaux sociaux du centre de recherche de l’Internet basé à Saint-Pétersbourg ne seraient pas les seuls dispositifs de diffusion. Les actions cyber offensives permettent également de cibler pour manipuler des vecteurs d’influence.

Ainsi la nature de la documentation constituée par l’ancien agent des services britanniques Christopher Steele sur les soirées scabreuses de Donald Trump à l’hôtel Ritz Carlton de Moscou n’est pas sans soulever de nombreuses questions. La méthode de la «sex tape» est en effet un grand classique, depuis qu’elle a été remise au goût du jour en 1999 par Vladimir Poutine à la tête du FSB pour neutraliser le procureur Skuratov, qui enquêtait sur la famille Eltsine, ou contre les journalistes, diplomates et opposants politiques, comme récemment M. Kasyanov ou A. Navalny.

Mais le pire est sans doute à venir, non seulement en raison du niveau de résonance sans précédent atteint par les médias sociaux, mais aussi par l’usage de nouvelles méthodologies. Profitant des failles informatiques de nombreux comités de campagne, le FBI a ainsi pu mettre en évidence que certains ordinateurs de personnalités de premier rang avaient été piratés pour télécharger des documents accablants (trafics, pédophilie…), vrais ou fabriqués, dont le contenu était ensuite diffusé dans un second temps par des complices au sein des réseaux de donneurs d’alertes, repris massivement par la grande presse internationale.

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