Kinjal : le « game changer »

Révélé en mars dernier par Vladimir Poutine, et présenté au défilé militaire du 9 mai à Moscou, le missile de croisière aérien hypersonique KH-47M2 Kinjal (la Dague) est en mesure non seulement de bouleverser les équilibres stratégiques en l’absence pour le moment de moyens pour le neutraliser, mais également de renforcer la stratégie d’A2/AD déployée par Moscou, et dont nous ne connaissions jusqu’à présent que la déclinaison défensive avec les systèmes S-300 et S-400.

Déployés pour l’instant sur une dizaine des 120 intercepteurs MiG-31 dont la vitesse et le plafond (Mach 3, 34 000 m) rendent leur neutralisation délicate, ses caractéristiques ont suscité l’inquiétude au sein des membres du comité des forces armées du Sénat après le briefing du général J. Hyten en charge du Stratcom : une vitesse de Mach 5, une portée de 2 000 km, une charge militaire conventionnelle ou nucléaire de 700 kg, le ciblage des objectifs fixes ou mobiles tout en disposant d’une capacité manœuvrante à toute vitesse, afin d’éviter les radars occidentaux.

Un seul de ces missiles serait en mesure, en raison de sa charge explosive mais surtout de son énergie cinétique, de détruire un porte-avions. Moscou dispose donc désormais d’une capacité aérienne de neutralisation quasi imparable des bâtiments et des installations de l’Otan à plus de 3 500 km de ses frontières. Mais ce rayon d’action pourrait devenir planétaire en cas d’intégration sur le bombardier stratégique supersonique TU-160 qui porte, lui, à plus de 12 000 km. Un tel atout permet aux forces russes de compenser ainsi l’attrition de leurs capacités aériennes et navales, voire même de contester la domination historique des Américains depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sur plusieurs zones, et de réduire par là-même la liberté de circulation maritime et l’influence occidentale.

Ainsi dans le Pacifique, la Russie serait en mesure de dénier l’accès à l’US Navy et à ses alliés de la mer de Chine, et du Japon. Si cette menace est également transposable à la Méditerranée et à la mer Baltique, il est néanmoins intéressant de constater que plusieurs renforts de MiG-31 ont convergé récemment vers deux régions : la base de Tiksi sur l’océan Arctique, et surtout celle de Milerovo à la frontière ukrainienne.

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