Israël tenté par le modèle d’armée de métier

Sans l’admettre officiellement, l’état-major de Tsahal veut rapprocher celle-ci d’une armée de métier et renoncer progressivement au principe sacro-saint d’une «armée du peuple», à la fois pour des raisons techniques, budgétaires et démographiques.

Sur le papier, le service militaire concerne tous les Israéliens pour une période de deux ans et huit moi, et les Israéliennes pour deux ans. Mais, en raison des exemptions dont bénéficient les juifs ultra-orthodoxes et des jeunes qui invoquent des problèmes psychologiques, seuls 67% des appelés rejoignent effectivement les casernes. Bref, le modèle traditionnel semble dépassé.

Face à cette situation, l’état-major a mis au point un plan qui prévoit de réduire de deux mois le service obligatoire à partir de 2020, tout en accordant des incitations financières pour convaincre les éléments les plus utiles et prometteurs de rester pour de plus longues périodes sous les drapeaux. L’état-major de Tsahal, dirigé par le général Gadi Eisenkot, s’est déjà engagé dans cette voie. Il a offert aux membres de plusieurs unités d’élite, la Sayeret Matkal (unité de l’état-major), la Shaldag (commandos parachutistes de l’armée de l’air), l’unité de sauvetage de l’armée de l’air et l’unité canine Oketz, de financer deux années d’université à condition de signer un contrat de six ans de service.

Pour sa part, le ministère des Finances a accepté de financer une augmentation des soldes pour les militaires d’unités de combat qui acceptent de poursuivre leur service pour des périodes allant de plusieurs mois à plusieurs années. Parallèlement, l’armée proposera à des commandants d’unités d’infanterie, de blindés et de secouristes de s’engager pour des périodes courtes, éventuellement renouvelables.

«L’idée est de récompenser ceux qui exercent une réelle fonction militaire, afin d’utiliser leurs compétences, tandis que les autres appelés pourront reprendre leur vie civile, en faisant des études ou en trouvant un emploi», explique un responsable du ministère de la Défense. Précisant que «des réformes sont indispensables pour tenir compte des tendances lourdes au sein de la société israélienne».

La nouvelle génération est en effet beaucoup plus connectée au monde, avec Internet et les téléphones mobiles ; elle maîtrise mieux l’anglais, et son savoir technologique est beaucoup plus vaste. Face à cette évolution, les méthodes de conscription doivent également évoluer. Mais ce changement ne peut se faire que graduellement et avec prudence.

Le mythe de «l’armée du peuple», même s’il ne colle plus vraiment à la réalité, est encore vivace au sein de l’opinion publique. L’état-major de Tsahal avance donc à pas mesuré et se refuse à entreprendre des réformes trop brutales pour éviter de cabrer la population et le monde politique, tout en étant conscient que le temps presse.

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