Israël face au «péril» chinois

L’activisme économique de la Chine en Israël suscite de plus en plus d’inquiétudes. Poussé par les services de renseignements, le ministère israélien de la Justice met la dernière main à un projet de loi inspiré notamment de l’Allemagne, qui permettrait de limiter les prises de contrôle ou les participations dans le capital d’entreprises jugées stratégiques pour le pays.

Des groupes chinois ont d’ores et déjà effectué une percée dans le secteur des transports publics, avec la construction de tunnels à Haïfa, d’une ligne de chemin de fer, d’un réseau de tramway à Tel-Aviv et d’une licence pour gérer un nouveau port à Haïfa. Des entreprises chinoises ont également fait acte de candidature pour une ligne ferroviaire à grande vitesse vers Eilat (mer Rouge). En outre, le ministère israélien de l’Agriculture s’apprête à donner son feu vert à la location pour quarante ans de 100 000 hectares de terres agricoles dans le Néguev (sud du pays), en échange de la construction de deux usines de dessalement de l’eau de mer.

Mais des protestations se font déjà entendre dans le pays. Les professionnels israéliens du bâtiment et des travaux publics s’alarment en effet de cette concurrence, qu’ils jugent déloyale, tout en mettant en garde contre les conséquences d’un contrôle de la Chine, alliée de l’Iran, dans un domaine aussi sensible, par exemple, que les transports. Pour sa part, le ministère des Finances s’oppose au contrôle par des intérêts étrangers de deux des plus importantes compagnies d’assurance israéliennes, Phoenix et de Clal, qui représentent des dizaines de milliards de dollars en fonds de pension.

Dans le secteur de l’armement, une série de garde-fous ont également été mis en place, sous la pression des Américains. C’est ainsi que le ministère de la Défense exclut toute exportation de matériel militaire en Chine, tandis que les compagnies de ce pays sont écartées des appels d’offres. Washington considère Pékin comme un adversaire susceptible de mettre en danger sa supériorité militaire, notamment en Extrême-Orient. Dans le passé, les Israéliens ont dû annuler à plusieurs reprises des contrats et régler des indemnités après avoir renoncé à livrer des armes à la Chine, sous peine de sanctions de la part des Etats-Unis.

Il faut dire que sur le front de la haute technologie, les soupçons d’espionnage n’ont cessé de se renforcer. «Il n’existe pas de groupes chinois complètement privés», commente un expert. Même si de nombreuses entreprises chinoises se déclarent privées, la plupart d’entre elles ont un représentant des autorités au sein de leur direction, qui veille à ce que les transactions envisagées s’intègrent dans «l’esprit du régime», souli­gne un expert israélien. Celui-ci estime également que les renseigne­ments militaires (Aman) sont ciblés par des hackers employés par les services chinois. Ces derniers étant engagés dans des activités de «high-tech», en particulier tout ce qui touche à la cyber-technologie et l’intelligence artificielle.

L’Aman est persuadé que les Chinois sont parvenus à obtenir des informations secrètes sur les batteries d’interception de roquettes et de missiles de type Iron Dome, ou sur l’Arrow 3. D’anciens responsables du Mossad ne manquent pas de lancer, eux aussi, des mises en garde contre les relations très étroites entre la Chine et l’Iran. Pékin est devenu le principal partenaire commercial de Téhéran, notamment dans le secteur du pétrole et du gaz, si bien que toute attaque israélienne contre l’Iran et son programme nucléaire porterait directement atteinte aux intérêts chinois. Selon eux, il est urgent de dresser une «muraille» pour endiguer l’expansionnisme économique chinois, sans pour autant tomber dans la paranoïa. Un équilibre difficile à établir…

 

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