Inde : tourbillons autour du contrat Rafale

En Inde, le contrat d’acquisition de 36 Rafale, signé en 2016, est au cœur d’une joute politique entre le gouvernement BJP de Narendra Modi et le Parti du Congrès. Principale force de l’opposition, le parti de Sonia Gandhi accuse le gouvernement d’avoir choisi, «dans l’urgence», la voie d’un accord de gouvernement à gouvernement peu favorable aux finances publiques et sans avoir obtenu de transferts de technologies.

Selon Rahul Gandhi (parlementaire et vice-président du parti), cette procédure visait à favoriser l’industriel Anil Ambani, propriétaire du groupe Reliance et proche de Narendra Modi, qui s’est associé à Dassault Aviation dans le cadre d’un joint-venture commun (DRAL) signé pour honorer les 50% d’offsets prévus dans le contrat (30% pour divers programmes aéronautiques et 20% pour la production de certains équipements du Rafale, selon des sources indiennes). Le groupe Reliance se voit reprocher d’avoir largement communiqué sur les offsets alors qu’aucun contrat n’a encore été signé à cet effet avec Dassault.

Des accusations que le gouvernement récuse, les qualifiant de «honteuses» et «ne rendant pas service aux forces armées», accusant en retour le précédent gouvernement UPA d’avoir perdu dix ans en négociations dans l’appel d’offres MMRCA, de 2004 à 2014, alors que l’IAF avait un besoin impérieux de renforcer ses moyens de chasse. Ajoutant par ailleurs que les transferts de technologies n’ont «aucun sens» dans l’achat urgent de 36 avions et que l’exécutif n’a «pas de rôle à jouer dans le choix des partenaires dans les négociations d’offsets».

De son côté, la France, par la voie d’un de ses diplomates, rappelle que le contrat d’offsets ne bénéficiera pas qu’au groupe Reliance, mais impliquera de nombreuses PME et ETI locales, renforçant la BITD indienne au-delà du périmètre du groupe d’Anil Ambani.

Enfin, c’est aussi sur le prix d’acquisition que l’opposition tacle sévèrement le gouvernement, estimant que le prix par appareil serait «trois fois supérieur à ce qui avait été négocié en 2012». Interrogée sur le sujet, la ministre de la Défense, Nirmala Sitharaman, s’est engagée à fournir toutes les informations nécessaires, en indiquant qu’en tout état de cause, le prix négocié était sensiblement inférieur à celui obtenu dans le contrat MMRCA. Ce qu’a confirmé peu de temps après l’air marshal BS Dhanoa, chef d’état-major de l’Indian Air Force (IAF), en appui de sa ministre.

Sur ce point, le site d’informations NDTV rappelle que l’estimation du prix doit tenir compte du fait que le contrat prévoit aussi de l’armement, des modifications de l’avion spécifiques aux besoins indiens, la livraison de pièces détachées pendant sept ans et surtout un appui logistique pour garantir 75% de disponibilité de la flotte à tout moment : un argument de poids justifiant, pour la plupart des responsables de l’Indian Air Force, l’achat du Rafale, lorsqu’on sait que la disponibilité de la flotte de Su-30MKI – actuel fer de lance de l’IAF – est d’à peine 50%.

Si ces attaques ne devraient pas avoir de conséquences majeures sur le programme d’acquisition en cours, elles sonnent cependant comme un avertissement pour le gouvernement, lancé dans une politique de libéralisation sans précédent de l’industrie de défense, et qui s’attaque aux sacro-saints marchés de rente des groupes publics (DPSU), traditionnellement liés au parti du Congrès.

 

Articles similaires :