Inde : le grand retour de Moscou

Si New Delhi a signé cet été un accord de renseignement historique avec Washington qui lui ouvre la porte à l’acquisition des systèmes ISR de dernière génération, l’Inde n’entend pas pour autant se «vassaliser» à son partenaire américain. Pour preuve, les menaces de rétorsions américaines dans le cadre de la législation CAATSA n’ont pas dissuadé le gouvernement Modi de finaliser l’achat des systèmes S-400 russes pour un montant de 5,43 milliards de dollars, afin de créer une vaste bulle d’interdiction autour de son territoire.

Mais surtout, d’autres contrats seraient imminents, pour atteindre un total de 10 milliards de dollars, si l’on en croit les indiscrétions qui ont pu filtrer du sommet russo-indien de la semaine dernière. Il s’agit tout d’abord de projets qui sont déjà finalisés techniquement depuis plusieurs mois, comme l’acquisition de 200 hélicoptères utilitaires Kamov 226T (1 milliard de dollars), deux avions AEW IL-78 qui seront équipés par le radariste israélien Elta, la modernisation des avions de transport Il-76 et des ravitailleurs IL-78 (600 millions de dollars), l’achat de 650 000 Kalashnikov AK-103, et surtout quatre frégates furtives Projet 11356 équipées des missiles de croisière BrahMos réalisés en Inde, qui viendront s’ajouter aux six frégates Talwar déjà en ligne et fournies par les chantiers de Saint-Pétersbourg.

Mais le rapprochement militaire de Pékin et de Moscou, qui ne rechigne désormais plus à livrer aux Chinois ses technologies de dernière génération, pousse Dehli à envisager des concessions qui étaient encore récemment inenvisageables afin de co-financer certains programmes russes. Ainsi le chef d’état-major de l’Indian Army, Bipin Rawat, en visite officielle en Russie, vient d’ouvrir des discussions pour l’acquisition du châssis Armata, qui équipera une douzaine de véhicules blindés russes, des véhicules d’infanterie (IFV), à l’obusier en passant par les engins du génie et surtout le char de combat T-14. Depuis novembre 2017, une RFI est en cours à la fois pour les véhicules de combat FRCV mais aussi pour le remplacement des T-72 MBT.

Du côté des sous-marins, le bureau d’études Rubin a offert plus de 80% d’indigénisation sur le sous-marin d’attaque de classe Amour et le développement commun d’une propulsion AIP. Un contexte qui devrait donc relancer le projet d’acquisition de l’avion de cinquième génération T-50 russe, qui sans financement indien ne pourra équiper les forces aériennes russes que de manière marginale en raison de son coût.

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