Harris/L3 Tech : un rapprochement stratégique

Le rapprochement entre Harris et le systémier L3 Technologies représentera un géant de l’électronique au chiffre d’affaires de 16 milliards de dollars annuels. Si L3, ancien «spin off» de Lockheed Martin créé au début des années 2000 dans le but de concentrer l’ensemble des petits équipementiers américains, affiche un revenu annuel de 10 milliards, Harris offrira, en contrepartie, un niveau de marge bien supérieur.

Le portefeuille des deux groupes s’avère d’ores et déjà impressionnant, puisqu’il vise les domaines air, terre, mer, cyber et spatial, et présente en cela de nombreuses similitudes avec les activités de Thales. Pour autant, en dehors des systèmes de vision de nuit et des liaisons de données, les doublons restent plutôt limités. Il s’agit donc d’un rapprochement éminemment pragmatique, d’autant que les analystes estiment que le Pentagone devrait atteindre un pic en termes de budget d’acquisitions en 2020.

Une situation qui a convaincu les deux industriels de profiter du mouvement de concentration en cours aux Etats-Unis pour générer leur croissance par le rapprochement et non par la compétition. Les deux tiers de leurs revenus devant en effet provenir du seul marché américain. Mais cette alliance permettra surtout au nouvel ensemble de se positionner sur les futurs marchés du renseignement, du cyber, des forces spéciales et de la Space Force.

En rachetant Exelis, Harris a étendu ses activités de systèmes de communication et de surveillance de masse (le fameux StingRay) aux systèmes de mission, au brouillage offensif, à l’avionique, aux aérostructures du F-35 ainsi qu’au missile JASSM. Ajouté à l’expertise de L3Com en termes de SIGINT, de datalinks et d’optronique, mais aussi de lanceurs (avec les Vulcain), ou de «space situational awareness» (SSA), L3Harris constituera un redoutable compétiteur pour les autres groupes américains cherchant à se positionner sur les marchés du nouveau commandement américain.

C’est précisément après l’annonce de la création de la Space Force cet été que les deux PDG ont décidé de lancer la fusion. Mais il s’agit aussi d’une mauvaise nouvelle pour les équipementiers européens spécialisés dans les capteurs ou l’ISR, pour lesquels un accord avec le systémier/intégrateur L3Com permettait jusqu’alors d’accéder aux marchés des plateformes américaines. Avec cette fusion, l’écosystème américain se referme encore un peu plus.

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