Halifax 2017 : un forum pour rassurer

Le Forum sur la sécurité internationale d’Halifax (Canada), qui s’est tenu du 17 au 19 novembre 2017, a offert pour sa neuvième édition, quelques nouveautés, en dépit de l’absence du sénateur John McCain, un habitué de l’évènement. Un vibrant hommage a cependant été rendu à celui qui avait déclaré, lors de la précédente édition du Forum, son opposition à tout nouveau recours à des pratiques de torture par les Etats-Unis, contredisant ainsi le Président Trump fraichement élu.

Près de 350 participants venant de 60 pays ont pu échanger sur les principales questions stratégiques du moment. Le choix des thèmes des sessions plénières comme les principaux orateurs ont illustré les priorités des organisateurs nord-américains du Forum (Peter Van Praagh, basé à Washington, en collaboration avec le ministère de la Défense canadien), dans le contexte d’une présidence Trump érodant l’image des Etats-Unis dans le monde. Ainsi la question nucléaire (Corée du Nord et Iran), la reconstruction du Moyen-Orient («de la guerre civile à la société civile»), la militarisation du capital économique (avec l’initiative chinoise «One belt, One road») et de l’espace, le rapprochement avec la Russie et les conséquences du changement climatique en termes d’impact sur la sécurité ont permis aux participants d’échanger et de formuler certaines idées allant parfois à rebours des messages que le Président des Etats-Unis envoie depuis près d’un an à ses alliés et partenaires.

Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a, lui, reçu le prix du «Bâtisseur de la sécurité», attribué cette année à l’Otan, la structure «garante de stabilité en Europe» et peut-être pas si «obsolète» que cela, selon lui.

Par ailleurs, dans un souci d’apaisement face à une dérive turque qui ne cesse d’inquiéter ses partenaires au sein même de l’Otan (Etats-Unis en tête), le chef d’état-major turc, le général Hulusi Akar, s’est exprimé pendant une quinzaine de minutes pour rassurer et donner sa vision de la situation internationale, comme l’a fait plus tard le ministre turc des Affaires européennes, M. Omer Celik, au cours d’un diner restreint. En rappelant combien la Turquie jouait un rôle essentiel en Europe, qu’il s’agisse de la situation migratoire (avec 3 millions de Syriens et 500 000 Irakiens présents sur leur territoire) ou de la lutte contre « toutes » les formes de terrorisme : Daech, Al-Qaida, PKK, PYD, etc.

Mais on retiendra surtout l’intervention du général John Hyten, commandant du STRATCOM, qui commande les forces nucléaires américaines et est responsable de la définition de la stratégie de dissuasion ainsi que des opérations spatiales et de cybersécurité. Rassurant lui aussi, il a notamment indiqué que ses responsabilités s’exercent dans un cadre légal, défini très précisément, et qui lui permettrait d’indiquer au Président Trump un éventuel ordre «illégal», tout en lui proposant les alternatives possibles pour que la dissuasion joue effectivement son rôle. Un message clair, qui, ajouté à d’autres interventions de généraux ou de sénateurs américains, avait pour but de rassurer alliés traditionnels et acteurs globaux sur l’évolution du rôle international des Etats-Unis. Car en toile de fond du Forum transparaissait l’idée d’une perte d’influence américaine, lente mais inexorable : cette année, la Chine était au cœur des discussions, reléguant ainsi la Russie dans la hiérarchie des craintes des participants.

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