Guerre secrète en Tunisie  

Malgré le secret qui pèse sur les opérations antiterroristes américaines dans le Maghreb, le suivi des décorations des membres des forces spéciales montre que les Etats-Unis ne cessent de renforcer leur implication sur le territoire tunisien.

Sept mois après l’embuscade de Tongo Tongo au Niger, une unité de Raiders des Marines, en équipe intégrée avec les Tunisiens, a donné l’assaut contre la branche locale d’AQMI, en attaquant le bataillon Uqba Ibn Nafaa (KUBN) dans les monts Semmama, près de la frontière algérienne. Une opération soutenue par la composante aérienne des Marines (ISR, Suppression). Dix jours auparavant, une autre opération mixte avait consisté à extirper, à quelques kilomètres de là, un autre groupe de ses positions.

Si le gouvernement tunisien subit régulièrement des attaques au Parlement sur les questions de souveraineté, c’est bien l’exécutif qui, pour mettre un terme à l’influence des réseaux français après la chute de Ben Ali, a sollicité Berlin et Washington pour protéger ses frontières. Après la livraison de drones ScanEagle, la présence américaine n’a ainsi cessé de croître depuis 2014, au point que la Tunisie est le pays d’Afrique du Nord comme de la BSS (en dehors de l’Egypte) le plus soutenu par les Américains.

Si, depuis février 2014, les forces spéciales des Marines disposent d’une base en Tunisie, c’est le choc consécutif à l’attaque du Bardot en mars 2015 qui a permis à l’USSOCOM et à la CIA d’avoir les coudés franches. Quelques jours après l’attentat, les drones américains localisaient un camp du KUBN près de Kassérine, à Sidi Aich, et aidaient les Tunisiens à monter une opération HVI pour en neutraliser les chefs, dont le militant historique Khales Chaïb.

Mais en raison de sa proximité avec la Libye, la Tunisie est également une opportunité pour les Américains de densifier les missions de ciblage des drones Reaper depuis la base de Sidi Ahmed, plutôt que de les acheminer depuis la Sicile (Sigonella, Palentina) ou de la Jordanie. Et donc, de mener des opérations décorrélées de la sécurité tunisienne.

Si les troupes américaines sont peu appréciées de la population en raison des risques de représailles par les mouvements djihadistes étrangers qu’ils font courir aux populations, le gouvernement de Youssef Chahed y trouve largement son compte. Celui-ci a obtenu juste avant le départ de Barack Obama un accord de renseignement lui donnant accès aux flux Imint et Sigint collectés par le dispositif ISR américain.

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