Groenland : contrer la concurrence chinoise

Les Etats-Unis se disent prêts à investir dans des infrastructures aéroportuaires à usages civil et militaire au Groenland, une initiative concomitante aux efforts danois visant à contrer les intérêts chinois sur ce territoire autonome.

Le Département de la Défense va «analyser» les projets d’infrastructures aéroportuaires existant au Groenland, y compris ceux à double usage civil et militaire, et y «investira lorsque ce sera stratégiquement approprié», a annoncé John Rood, sous-secrétaire d’Etat à la Défense, dans une déclaration d’intention surprise, datée du 16 septembre et signée à la base aérienne que Washington entretient à Thulé, dans le nord de ce territoire arctique. Aucun détail n’est donné quant aux sites ni aux montants envisagés.

Cette initiative vise à «renforcer la flexibilité opérationnelle de l’armée américaine, pour répondre à l’évolution de la situation en termes de sécurité en Arctique». Elle intervient six jours après l’annonce par le Premier ministre danois, Lars Loekke Rasmussen, d’un plan d’investissement équivalant à 215 millions d’euros dans les deux principaux aéroports du Groenland, Nuuk (sud-ouest) et Illulisat (ouest), dont 33,3% deviendraient propriété danoise. Ce plan, qui sera soumis en octobre au vote préalable du parlement autonome groenlandais, est vu par les experts comme le moyen de couper l’herbe sous le pied de la Chine.

Pékin espère encore convaincre le Groenland de confier à une entreprise chinoise les travaux de modernisation des trois aéroports du territoire. Washington et Copenhague ne veulent pas en entendre parler, soucieuses qu’elles sont des éventuelles conséquences stratégiques d’une présence chinoise accrue. En 2016, le Danemark, qui conserve un droit de véto sur les questions relatives à la défense et à la sécurité du Groenland, avait bloqué le rachat par des Chinois d’une ancienne base navale dans le sud. Le vaste plan d’investissement permettrait à Copenhague de mettre son véto à un recours à des entreprises chinoises dans le secteur aéroportuaire.

Cette reprise en main dano-américaine n’est pas du goût des partisans de l’indépendance groenlandaise, qui y voient un retour du «colonialisme». La coalition autonome au pouvoir à Nuuk a enregistré le départ d’un de ses membres. Cela dit, le Groenland pourrait aussi bénéficier de cette rivalité avec la Chine pour tirer quelques marrons du feu, notent des experts. Des négociations sont en cours avec Washington en vue de revoir un contrat de maintenance de la base de Thulé, élément important du dispositif américain de détection de tirs de missiles balistiques et surveillance par satellite, de manière à ce que des entreprises locales en profitent.

 

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