Gowind : les clés du succès

Poussé par la demande au Moyen-Orient et en Asie du sud-est, le marché des corvettes est en forte croissance. Spécialiste des bâtiments de tonnage supérieur, Naval Group, qui n’était pas attendu il y a encore quelques années sur ce segment hautement compétitif, s’est depuis solidement positionné avec sa gamme Gowind (de 2 500 à 3 500 tonnes).

Dix navires ont été vendus, dont neufs construits localement, à l’Egypte (quatre unités avec deux autres en options) et à la Malaisie (six unités). La première Gowind égyptienne a été livrée par Naval Group en septembre dernier et la seconde, construite par le chantier Alexandria Shipyard, devrait être mise à l’eau tout prochainement. En Malaisie, le premier bâtiment devrait débuter ses essais en 2019 et sa présence est envisagée au prochain salon LIMA, même si le contexte politique local invite à la prudence.

Des discussions sont par ailleurs en cours avec les Emirats arabes unis pour deux unités, et des RfI ont été formulés au Pérou, en Colombie, en Roumanie et en Pologne. Le design Gowind a également été proposé au Brésil. Dans le contexte de montée en puissance et de présence accrue de la marine chinoise, l’Asie du sud-est est un marché particulièrement porteur, avec des marines régionales souhaitant se doter de plateformes situées entre les patrouilleurs hauturiers (OPV) de défense des approches littorales et la frégate à proprement parler.

La tendance actuelle, ici ou au Moyen-Orient, est au «grossissement» des corvettes, avec davantage de capacités militaires proches de celles d’une petite frégate, des bâtiments souvent destinés à devenir les «flagship» de ces marines, comme par exemple aux EAU ou en Malaisie. Ces forces navales souhaitant disposer d’une allonge supérieure (l’hélicoptère embarqué est devenu quasi-incontournable) et de capacités intégrées de défense rapprochée contre les menaces soudaines. Naval Group travaille ainsi sur un module dédié, qui sera directement géré par la passerelle (et donc indépendante du centre opérations), et n’exclut pas l’intégration de systèmes CIWS (comme le Millenium de Rheinmetall Oerlikon).

D’autres clients potentiels, comme la Pologne, font état de besoins en matière de guerre des mines, par l’ajout de modules dédiés, des technologies sensibles et très avancées. Autres tendances actuelles du marché : la demande en matière de défense cyber (une solution est en préparation chez Naval Group) et de drones aériens ou navals. Ces derniers, qui doivent permettre de surveiller et de combattre à distance (stand off), sont des outils particulièrement utiles sur des bâtiments aux équipages souvent réduits. Demande également en matière de C3, avec un besoin en liaison de données pour pouvoir communiquer et coopérer au sein des flottes et avec les alliés (Naval Group dispose d’un savoir-faire en matière d’intégration de liaisons de données Otan et non-Otan).

Au sein du groupe français, on estime ainsi être en mesure de répondre à ces besoins croissants et on ne «s’interdit rien». Les Gowind seraient en mesure d’accueillir des systèmes antiaériens Aster 15 et 30 ou des missiles de croisière navals (MdCN). Seules les demandes en matière de très gros calibres d’artillerie (127 mm) ou de radars à panneaux fixes, correspondant davantage au tonnage des frégates, semblent a priori exclues, plus pour des raisons de compétitivité de la gamme que du point de vue technique.

Enfin, pour définir une offre de services et de capacités adaptée, Naval Group doit aussi composer avec les aspects culturels propres à chaque marine cliente, notamment le nombre d’équipages embarqués. Ainsi, la Malaisie souhaitait pouvoir embarquer 130 hommes à bord de ses Gowind alors que l’Egypte préfère fonctionner avec un équipage plus réduit de 65 hommes. Cette capacité de la Gowind à opérer avec un nombre restreint de personnels aurait d’ailleurs participé à convaincre les Emiriens, qui peinent à recruter et à fidéliser leurs marins, de l’intérêt de la corvette de Naval Group…

 

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