Game of Throne à Riyad

La purge pour corruption qui vient de frapper onze membres éminents de la famille royale sonne comme un avertissement à l’égard des éventuels candidats qui viendraient contester l’accession au trône du prince de 32 ans, Mohammed ben Salmane, érigé au rang de prince héritier cet été.

L’humiliation publique de l’un des hommes les plus riches au monde, le prince Al Waleed ben Talal, actionnaire principal d’Apple, de Twitter, de Citygroup et du géant News Corp de R. Murdoch, reste un événement inédit dans les annales de la famille royale. Ajouté à l’éviction de l’ancien ministre de l’Intérieur, Mohammed Ben Nayef, pour « problèmes de drogues », et à celle du chef de la garde nationale, Miteb bin Abdallah, le Prince Mohammed dispose désormais du contrôle des trois principales forces de sécurité du pays, des médias et de la politique économique. Et l’opération mains propres de samedi dernier a été validée par la plus haute autorité religieuse du pays.

Privatisation prochaine (de 5%) du groupe pétrolier Aramco, diversification de l’économie, émancipation des femmes, marginalisation du pouvoir de la Police religieuse… C’est un nouveau pays et une nouvelle alliance avec la modernité que le jeune prince héritier cherche à construire avant d’accéder au trône. Mais la multiplication de ces initiatives augmente les risques. Mohammed ben Salmane pense neutraliser les crispations au sein de la famille royale et du pouvoir religieux, qui sont au fondement de la dynastie Al-Saoud, en pariant sur le souhait de prospérité économique et de libéralisation des mœurs de la société saoudienne, dont les deux tiers ont moins de trente ans.

Si ceci correspond bien aux aspirations d’une partie de la population, une autre, en revanche, pourrait bien se radicaliser. Et tout d’abord l’autorité religieuse, garante de la doctrine wahhabite : ses membres, devenus fonctionnaires du royaume, ne sont plus en mesure de contester les décisions du trône ni d’incarner un rôle d’arbitre dans les intrigues familiales.

Or ce sont précisément la vassalisation du religieux au trône et les entorses aux traditions wahhabites qui ont permis au djihadisme de proliférer dans le royaume depuis la Guerre du Golfe. Sans moyens d’expression, une large partie de la nouvelle génération des clercs a opté pour l’action clandestine, et la tendance pourrait se radicaliser à la faveur de la fin de l’Etat providence qui frappe de plein fouet la jeunesse. Al-Qaida, dont on connaît désormais les liens avec Téhéran, n’a été que le premier épisode de cette contestation. Depuis 2014, plus d’une vingtaine d’assassinats ciblés ont été perpétrés sur le territoire saoudien à l’initiative de Daech, qui a pu y recruter près de 3 000 combattants extérieurs, et 5 000 de ses sympathisants sont toujours incarcérés.

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