Foreign Fighters de l’EI : des chiffres surestimés ?

Avec la chute de Raqqa à la mi-octobre, dernier bastion d’importance repris à l’Etat islamique par les forces de la coalition, la question du sort des combattants étrangers se pose avec plus d’acuité. Vont-ils tous revenir dans leur pays d’origine, et notamment en Europe ? Vont-ils se disséminer dans d’autres zones en crise, comme c’est déjà le cas en Libye, au Yémen, en Afghanistan ou en Afrique ?

Les études et les rapports prolifèrent pour tenter de chiffrer les différentes options, en s’appuyant sur les données fournies par les Etats de la coalition et leurs partenaires concernant leurs «partants» et leurs «rentrants» respectifs, auxquels sont soustraits les morts. Quelque 2 000 à 3 000 combattants européens seraient ainsi sur le retour, selon les chiffres de la Commission européenne.

Pour les principaux pays «fournisseurs» de djihadistes (Russie, Arabie Saoudite, Jordanie et Tunisie), 10% des contingents auraient regagné leurs terres d’origine. Idem pour la France : sur les 2 000 Français comptabilisés comme partis sur le front irako-syrien, 271 seraient revenus, selon le ministère de l’Intérieur. Globalement, depuis plus de trois ans, un chiffre avait été jusque-là officiellement sanctuarisé : l’EI aurait compté dans ses rangs plus de 35 000 combattants étrangers. Tous les Etats s’y réfèrent comme une donnée à partir de laquelle ils ont établi leurs projections.

Or, les experts de terrain mettent en cause cette évaluation au vu des témoignages rapportés par les populations syriennes et irakiennes, dont les villes ont été libérées. Les unités de Daech ont surtout eu un visage local et patrouillaient sur plusieurs villages sans y être basées, comme le rapportent à TTU des sources civiles du nord de la Syrie et à Mossoul.

Le nombre de cadavres de combattants étrangers recensés dans chaque ville libérée semble également bien éloigné de ces chiffres, et la traçabilité des fuyards, de potentiels clandestins mêlés aux réfugiés ou en route vers l’Europe, ainsi que des prisonniers retenus en Syrie, Irak et Turquie, reste bien difficile à établir.

D’où le sentiment, qui prend corps au sein des populations syriennes et irakiennes, que les capacités en ressources humaines, en particulier étrangères, de l’EI auraient été surestimées pour mieux justifier le déploiement de moyens militaires pour lutter contre une organisation devenue l’ennemi prioritaire des puissances occidentales et régionales. Un sentiment renforcé par l’incapacité des mêmes puissances à préparer l’après-guerre, ce qui réduit une victoire militaire à une simple séquence de transition vers une nouvelle crise.

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