Les F1 à la conquête des USA

Au rythme de trois à quatre avions par semaine à Châteaudun (siège de l’Elément air rattaché 279), le démontage des anciens Mirage F1 de l’armée de l’Air en partance pour les Etats-Unis se poursuit.

Depuis le mois de septembre, près d’une vingtaine d’appareils ont déjà été désassemblés en éléments transportables, un mouvement qui durera jusqu’à la fin de l’hiver avec, au total, 63 cellules de Mirage F1 en plus ou moins bon état (monoplaces F1CT et F1CR et biplaces F1B) qui prendront, par la route, la direction de l’usine SABCA de Charleroi (Belgique). C’est cette filiale de Dassault Aviation et de Fokker, déjà responsable de la modernisation des Mirage F1 marocains avec Sagem (programme ASTRAC), qui a obtenu la responsabilité de réviser et de remettre en état de vol ces ex-avions de l’armée de l’Air pour le compte de la société nord-américaine ATAC (Airborne Tactical Advantage Company), filiale du groupe Textron.

L’opération de remise en état des Mirage F1 consiste d’abord en une révision complète de la cellule et du moteur, et à retirer les systèmes militaires (détecteurs d’alerte, lance-leurres, caméras et canons…), afin de les mettre en conformité avec le registre de la FAA, qui va leur délivrer une immatriculation civile. Puis de les préparer au transit en caisses par avion cargo vers les Etats-Unis.

Les 63 Mirage F1 ne seront pas tous remis en vol, une moitié d’entre eux devant servir de réservoir de pièces de rechange propre à permettre à la flotte de Mirage F1 d’ATAC de durer une bonne quinzaine d’années, voire plus, en tant que «ADAIR» (ADversary AIR), la nouvelle appellation des unités «Aggressors» de l’US Air Force. A l’horizon 2030-2035, l’USAF prévoit d’utiliser à cet effet uniquement une partie des avions du programme T-X en cours, sachant que des avions comme le F-22 ou le F-35 ont un coût à l’heure de vol prohibitif qui exclut de les utiliser comme «Aggressor». Une heure de vol sur F-35 est donnée pour 24 000 dollars par le Pentagone, alors qu’une heure de vol de Mirage F1 ne dépasse pas les 5 000 euros…

Cet étonnant marché d’occasion entre ATAC (propriétaire de la plus grande flotte privée d’anciens avions militaires) et le ministère des Armées a été conclu en juillet dernier et fait l’objet d’un chèque global de 21 millions d’euros, d’après la société franco-suisse Demeteris, qui a joué les intermédiaires. Il inclut quelque 150 turboréacteurs Snecma Atar 9K50 déclarés surplus il y a trois ans, après le retrait du service des derniers F1 de l’armée de l’Air.

Avec sa flotte d’une trentaine de Mirage F1 remis en état de vol dès 2018, ATAC espère remporter une part de l’appel d’offres de l’USAF – qui requiert officiellement un total de 37 000 heures de vol ADAIR par an sur une période de dix ans, dans le cadre d’un budget de 7,5 milliards de dollars. Les Mirage F1, caractérisés par leur vitesse, leur manœuvrabilité et leur faible SER, pourraient à eux seuls en assurer près du tiers. ATAC recherche des anciens pilotes et mécaniciens de Mirage F1 des pays de l’Otan aptes à faire voler ces avions et, surtout, à dispenser des formations complètes sur cette machine nouvelle dans le ciel nord-américain.

Le mouvement de l’USAF vers l’externalisation de plus en plus forte des missions des «Aggressor Squadrons», comme ceux de Nellis AFB (siège de l’exercice Red Flag), fait suite au retrait de la vingtaine de F-15 du 65th Aggressor Squadron fin 2014. Actuellement, l’USAF ne dispose plus que de deux unités de ce type chargées des missions ADAIR : le 64th Aggressor Squadron à Nellis et le 18th Aggressor Squadron à Eielson, en Alaska, tous deux sur F-16C. Et le relais d’une partie de leur rôle a, depuis, été confié à des sociétés privées, comme ATAC mais aussi Draken International, laquelle de son côté vient de faire l’acquisition tout récemment auprès de l’Espagne d’une vingtaine de F1 modernisés, des chasseurs retirés du service à l’été 2013 et initialement prévus pour être cédés, avec tous leurs équipements, à l’Argentine pour quelque 200 millions d’euros. Une opération caduque, autant du fait des réticences du Royaume Uni que de l’impécuniosité chronique du gouvernement de Buenos Aires.

 

Articles similaires :