F-22 Raptor en Europe : le retour

L’été 2018 a vu pour la première fois depuis trois ans une nette augmentation des exercices aériens US en Europe. Des exercices liés cette année au début de la mise en place des premiers chasseurs JSF Lockheed Martin F-35 dans plusieurs pays de l’Otan. Ainsi, à cheval sur les 8 et 9 août, à l’issue d’un vol transatlantique, une douzaine de chasseurs furtifs Lockheed Martin F-22A Raptor du 95th Fighter Squadron de Tyndall AFB en Floride sont venus se déployer pour trois semaines sur la base américaine de Spangdahlem en Allemagne, siège du 52nd Operations Group et de ses F-16CM chasseurs de radars.

Cette arrivée en force se fait dans le cadre de l’initiative de réassurance (European Reassurance Initiative) décidée par Washington au profit de l’Otan et lancée par le Pentagone durant la présidence Obama. Souvenons-nous qu’un exercice similaire, mais de moindre ampleur, avait eu lieu en août 2015 avec seulement quatre F-22A déployés à RAF Lakenheath en Angleterre. Durant leur court séjour européen des détachements de Raptor ont rendu visite à différentes unités alliées en Europe pour des exercices de conduite aérienne combinée (COMAO) et de combat dissimilaire (DACT).

Le 15 août, en particulier, des Raptor se sont ainsi rendus à Ørland en Norvège, où ils ont pu œuvrer aux abords de la frontière russe de conserve avec les tout nouveaux F-35A du 332 Skvadron local, le tout premier escadron norvégien à voler sur JSF. Le 16 août, d’autres Raptor se sont rendus à Albacete en Espagne, siège du TLP, pour une session de travail air-air avec les Eurofighter (C.16) de l’Ala 14 de l’Ejercito del Aire, armés du missile à courte portée IRIS-T, une arme propre aux Eurofighter qui avait quelque peu surpris, en simulation de combat, les pilotes de F-22A du 3rd Wing lors d’un déploiement de la Luftwaffe à Eielson AFB en Alaska.

Compte-tenu que l’USAF ne dispose que de dix escadrons de supériorité aérienne se partageant actuellement une flotte de 183 Raptor sur 187 avions produits par Lockheed Martin (4 avions ont été perdus dans des accidents à l’entraînement), ce faible nombre (à l’échelle US) oblige le Pentagone à promouvoir un travail systématique en synergie étroite avec d’autres avions dotés de la liaison 16 et en priorité avec les F-35 qui sont les seuls chasseurs actuellement en mesure d’exploiter complètement et immédiatement les échanges tactiques avec les F-22 : données radar, localisation des menaces air-air et sol-air, etc.

En réponse plus ou moins directe à l’European Reassurance Initiative américaine, la Russie va organiser du 11 au 15 septembre ses plus importantes manœuvres militaires depuis près de quarante ans, a annoncé fin août le ministre de la défense, Sergueï Choïgou. L’exercice «Vostok-2018» (Est-2018) se déroulera la semaine prochaine dans les régions militaires du centre et de l’est du pays. Il réunira environ 300 000 militaires, un millier d’avions, deux escadres navales de la marine russe, en mer Baltique et en mer Noire, ainsi que l’ensemble des régiments aéroportés ; avec un accent mis sur la projection d’un dispositif interarmées sur un théâtre distant. Le ministre russe a tenu à rappeler qu’en Syrie le principal bras armé de son pays a été son aviation. Au cours de 39 000 vols, elle aurait éliminé «plus de 86 000 rebelles» et détruit 121 466 «cibles terroristes». Le déploiement d’avions russes, notamment les récents Sukhoï Su-34 «Fullback» y aurait également permis de tester plus de 200 nouveaux types d’armes.

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