Europe et Etats-Unis à l’ère Obama : dialogue de sourds ou « vrai G2 » ?

Par Camille Grand, Directeur de la Fondation pour la Recherche stratégique

Alors que l’élection de Barack Obama a soulevé en Europe un véritable enthousiasme, la première année de la nouvelle administration semble avoir tourné à la désillusion.

Perceptions croisées

Vu d’Europe, le nouveau président des Etats-Unis se désintéresse du vieux continent et néglige les Européens. Son absence lors des cérémonies marquant le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin serait le signe de ce manque d’intérêt. L’Europe qui avait massivement « voté » Obama et se réjouissait par avance de tourner la page d’un double-mandat Bush marqué par des tensions transatlantiques semble découvrir que le président des Etats-Unis est Américain et a ses propres intérêts et priorités qui ne coïncident pas toujours avec celles des Européens.

Vu de Washington, cette Union européenne centrée sur elle-même, engluée dans ses rivalités et ses déboires institutionnels n’apparaît pas comme le partenaire fiable que les Etats-Unis attendent pour faire face aux problèmes du monde, qu’il s’agisse de la crise économique ou de l’Afghanistan. Les nominations d’Hermann Van Rompuy et de Catherine Ashton ont enfin conforté cette idée que l’Europe n’est pas prête à devenir un acteur stratégique unifié.

Analyse

En première analyse, ces perceptions croisées apparaissent bien sûr comme largement discutables. L’examen attentif de l’agenda d’Obama en 2009 révèle de très nombreuses visites en Europe. L’UE n’a eu qu’à se féliciter de la plupart des choix de politique étrangère de la nouvelle administration qui rejoignent les priorités européennes. C’est vrai pour le traitement du changement climatique, de la crise iranienne ou du conflit israélo-arabe. Le renforcement de la relation transatlantique est à l’ordre du jour de l’Alliance atlantique qui planche sur son futur « concept stratégique ». Les relations institutionnelles entre l’UE et les Etats-Unis sont en train de prendre forme dans le contexte de l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

Une affaire de spécialistes

La prise de distance entre les deux rives de l’Atlantique n’en est pas moins une réalité. Les questions européennes et les relations transatlantiques sont devenues à Washington, dans l’administration et dans les Think Tanks, une affaire de spécialistes et ne mobilisent plus ni les médias, ni les éditorialistes. Ces rares experts s’interrogent sur la relance des relations Europe/Etats-Unis, comme récemment à l’occasion du colloque du Center for Transatlantic Relations de la SAIS intitulé « The Real G2 ? ». Les publications portent davantage sur la pérennité de la relation : c’est le cas de la récente contribution de l’European Council on Foreign Relations (écrite par un Américain et un Britannique !) appelant à penser une « Europe post-américaine ».

Choisir la bonne voie

In fine, les attentes de part et d’autre de l’Atlantique semblent différentes. Une Amérique en crise économique et confronté au défi afghan attend un engagement européen fort et sans équivoque. L’Europe hésite sur la voie à adopter devant une Amérique qui a vu son leadership écorné entre attentisme et repli sur soi. Au-delà d’un effet conjoncturel de début de mandat qui a toujours vu les Européens s’interroger sur les priorités d’une nouvelle administration américaine, il est permis de s’interroger sur la nouvelle phase qui s’ouvre : Européens et Américains vont-ils chercher ensemble à conserver le contrôle occidental sur les affaires du monde ou vont-ils chercher à nouer des relations privilégiées avec les pôles émergents en se plaçant de facto en situation de rivalité économique voire stratégique. Si la dérive constatée se confirme, c’est bien l’avenir de l’Otan comme Alliance structurante et la pérennité de la capacité occidentale à organiser le système international qui se jouent.

Alors même qu’elle a perdu de sa centralité à tous points de vue, la redéfinition de la relation transatlantique apparaît ainsi comme l’un des enjeux majeurs pour le siècle qui s’ouvre. Si l’Occident comme unité politique est voué à disparaître par négligence ou divergence entre ses deux pôles, se posera inévitablement la question de l’absence de régulateur stratégique dans un système plus équilibré mais aussi plus instable.

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