Europe de la Défense : ça bouge !

La relance de l’Europe de la Défense est un chantier dont on parle encore peu mais qui mobilise Jean-Yves Le Drian depuis son arrivée à l’Hôtel de Brienne. Et qui a motivé sa visite à Bruxelles en début de semaine. Après ses rencontres à Chicago dès sa prise de fonctions et à Singapour, il avait amorcé ce chantier en s’entretenant en bilatéral avec ses homologues allemands, britanniques, italiens, espagnols, polonais, etc. Car, pour le ministre, la conjoncture actuelle rend urgente la concrétisation de ce “chantier européen”. Pour trois grandes raisons : tout d’abord, la décision américaine d’opérer un rééquilibrage stratégique vers le Pacifique pose avec acuité la question de la capacité des Européens à assurer eux-mêmes leur défense et leur sécurité. Ensuite, la baisse, effective et à venir, des budgets de défense européens en cette période de crise économique aiguë et ses conséquences sur les forces et sur l’industrie de défense. Enfin, la situation sécuritaire dans la rive sud de la Méditerranée (Afrique du nord, Sahel) qui nécessite une convergence de stratégies et de moyens des Européens.
Ce qui fut, un temps, présenté comme le troisième pilier de l’UE ne peut, aujourd’hui, être abordé qu’avec pragmatisme et transparence. Qu’il s’agisse des ambitions stratégiques ou capacitaires des différents pays européens, des inévitables spécialisations nationales ou des mutualisations à venir. Cette relance de la défense européenne, annoncée par François Hollande lorsqu’il était encore candidat, est devenue un impératif, qu’il s’agisse de la disponibilité capacitaire de l’Europe ou du maintien de la BITD. Surtout en période de crise. À l’occasion de sa visite à Bruxelles, le ministre à notamment rencontré le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rassmussen, et plusieurs hauts responsables de l’Alliance, ainsi que son homologue belge. Tous ont assuré à Jean-Yves Le Drian qu’ils ne voyaient aucune contradiction entre le renforcement de la défense européenne et celui de l’Otan. Si, à ce stade, l’ordre du jour était davantage politique qu’industriel ou capacitaire, ce sont pourtant ces deux derniers points qui inquiètent le plus les autorités otaniennes. Le ministre s’est, par ailleurs, entretenu avec les ambassadeurs à l’Otan de plusieurs pays membres (Etats-Unis, Grande Bretagne…). Auparavant, Jean-Yves Le Drian avait, pour la première fois, organisé à l’Hôtel de Brienne et en présence de Laurent Fabius un dîner avec les ambassadeurs de France dans les pays de l’UE (et à Washington). Pour les associer pleinement à cette “utopie raisonnable”, dynamiser l’action entreprise, relayer les propositions françaises. Bref, apporter leur expertise à ce projet de long terme. Car il faudra tout à la fois ne pas affaiblir les logiques bilatérales du traité de Lancaster House et proposer aux pays qui n’ont pas apprécié ce “huis clos franco-britannique” (et ils l’ont fait savoir) des analyses, des projets et des actions qui rassemblent. En les associant aux initiatives déjà lancées, par exemple. Ce qui pourrait se faire par étapes, par exemple, en élargissant le “format Weimar” à quelques autres pays européens. Le “Sommet Weimar”, qui devrait se tenir à Paris en novembre, à la veille du Conseil des Affaires étrangères et de Défense européen du 19 novembre, pourrait donc être l’occasion d’une première étape significative.

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