Etats-Unis : la menace hypersonique

«Nous sommes sans défense.» Cette déclaration du sénateur James Inhof illustre le vent de panique qui s’est emparé du Congrès américain depuis une dizaine de jours concernant le péril hypersonique.

Ayant très tôt parié sur ce mode de propulsion pour ses missiles balistiques, la Chine, après avoir conduit plus de sept tests expérimentaux entre 2014 et 2016, a réussi, en novembre dernier, deux essais de charges planantes DF-ZF qui se comportent, après avoir été lancées par un DF-21, comme des missiles de croisière mais à Mach 10 et selon des trajectoires souvent imprévisibles. Cette capacité entrerait, selon la CIA, dans l’arsenal chinois dès 2020.

Quant aux Russes, ils ont procédé, le 11 mars dernier, au premier tir de leur missile hypersonique Kinjal (la Dague) depuis un MiG-31 au sud de leur territoire et ce juste avant de procéder à un second tir de leur nouveau missile balistique Sarmat.

Si les Etats-Unis ne disposent toujours pas d’un prototype crédible, ils n’ont alloué que 14,3 millions de dollars à l’Air Force pour le projet Tactical Boost Glide Effort, et un premier essai est prévu en 2022. L’Army, de son côté, a réclamé 100 millions de dollars pour son projet Operationnal Fires, mais qui se fonderait sur les briques technologiques du TBGE. La Darpa ne disposerait, en outre, que d’un seul site de R&D, le Langley Research Center rattaché à la NASA.

Ce retard inquiète d’autant plus le parlement américain que les systèmes antimissiles déployés sont tous, pour l’instant, pris en défaut à de telles vitesses, comme l’a concédé le patron du Stratcom, le général J. Hyten. Selon lui, seul le renforcement du maillage des senseurs spatiaux permettrait de neutraliser les vecteurs avant le largage des charges planantes, les senseurs terrestres étant limités par la courbure terrestre.

Cette posture défensive, qui renforce encore la dépendance et donc la vulnérabilité des Etats-Unis à l’égard de son segment spatial, semble trouver sa cause dans la sous-estimation des capacités russes et chinoises, et surtout par les recommandations de la Nuclear Posture Review en faveur d’un effort budgétaire concernant le développement d’un missile de croisière à charge nucléaire. Or c’est précisément l’argument qui avait été mis en avant pour développer la version nucléaire du Tomahawk dotée d’une charge thermonucléaire W80, le TLAM-N, retirée du service entre 2010 et 2013…

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