Egypte : le retour de la Russie

Evincée de ses positions en Egypte depuis 1970, la Russie effectue depuis l’avènement du maréchal Sissi un retour spectaculaire dont l’ambition va bien au-delà du rôle jadis joué par l’Union soviétique.

Le Kremlin, saisissant l’opportunité de la condamnation de Washington du coup de force militaire, s’est immédiatement investi dans le pays pour y soutenir le pouvoir, allant jusqu’à fournir massivement du renseignement destiné à neutraliser les réseaux des Frères musulmans jusqu’en Syrie. Cette initiative, qui a permis à Moscou de se positionner comme un partenaire fiable, a facilité l’accord russo-égyptien pour assurer la protection de la frontière libyenne ainsi que l’assistance militaire et sanitaire des troupes du général Haftar.

Mais ce soutien s’est également accompagné d’investissements économiques massifs, comme la création pour 7 milliards de dollars d’une zone industrielle et d’un hub logistique regroupant quinze groupes russes à l’est du Port Saïd, le prêt de 25 milliards de dollars consenti au Caire pour construire la première centrale nucléaire du pays (dont les ingénieurs seront formés par Rosatom à Tomsk), ou encore les sommes injectées par Rosneft destinées à exploiter le site offshore de Zohr ou celles de Mikhail Fridam dans le projet West Nile Delta Gaz.

Les retombées pour Moscou sont multiples. Certes ceci lui a permis de contourner l’embargo occidental en multipliant les contrats de vente de céréales et d’armements (S-300, MiG-29, corvettes Tarantul, missiles Moskit, suites de GE President S…), mais surtout c’est une tout autre dynamique qui est désormais en place. En août prochain aura lieu le 5sommet militaro-technique entre les deux pays qui officialisera la sécurisation par les experts russes de toutes les infrastructures critiques égyptiennes, et sans doute l’acquisition par Le Caire des premiers C2 et systèmes de communications cryptées non occidentaux.

Ce sommet sera l’occasion pour Moscou de relancer l’obtention du leasing de la base aérienne de Sidi Barani et réimplanter sa présence navale à Mersa Matreh (l’URSS disposait également de la base d’Alexandrie et de Port Saïd). Dans les deux cas, les Spetsnaz y sont déjà déployés. Mais plus important, si par reconnaissance l’Egypte a, depuis, soutenu la diplomatie russe en Syrie, en Libye, au Soudan et même au Venezuela, elle pourrait permettre au Kremlin, en validant son écosystème sur place, de pénétrer sécuritairement et économiquement le marché africain, comme d’être en mesure de contester la liberté de circulation maritime du canal de Suez mise en place par les Etats-Unis et ses alliés.

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