Drones : un premier concept d’emploi

Le CICDE a publié, le 9 juin, son concept interarmées pour l’emploi des drones aériens, premier concept officiel sur l’utilisation des drones dans les armées françaises (voir TTU n° 838).

Après une série de définitions préalables, le document revient tout d’abord sur les qualités et les limites propres aux systèmes de drones. Les principales qualités de ceux-ci sont la «préservation du potentiel humain», la réduction des contraintes liées à l’humain, la flexibilité d’emploi et la multiplication des missions. Lorsqu’ils viennent en appui aux forces interarmées, les drones «contribuent à l’économie des moyens et des forces», peuvent «améliorer les performances globales d’un autre système» et peuvent «suppléer, le cas échéant, des matériels existants quand les rapports “performances / coûts” et “plus-value de la mission / risques” sont avantageux».

Ils sont, par ailleurs, susceptibles «d’améliorer globalement la conduite d’une opération» et leur présence «modifie à la fois la planification de la manœuvre tactique, mais aussi le comportement des adversaires qui peuvent se savoir observés. Les systèmes de drones contribuent ainsi à la conquête et à la conservation de l’initiative sur l’adversaire».

Parmi les limites propres aux systèmes de drones, identifiées par le rapport, on notera l’intégration dans la circulation aérienne générale et la dépendance des drones aux liaisons, au vu «des contraintes actuelles pesant sur la disponibilité des ressources spectrales (compatibilité des gammes de fréquence des systèmes) et satellitaires (la dépendance à un pays tiers est un facteur de vulnérabilité)». Les capacités adverses peuvent aussi représenter «une menace pesant sur l’accès à l’espace aérien ou sur l’utilisation de l’espace électromagnétique de nature à fortement conditionner le nombre et le type de drones employés».

Par ailleurs, le concept note que «la relative facilité de connexion des stations de contrôle et leurs capacités de transmission vidéo en temps réel sont de nature à renforcer les risques d’ingérence des différents échelons dans la conduite tactique des opérations. Il ne s’agit pas d’occulter le besoin incontournable de remontée d’information aux échelons supérieurs en temps réel».

Et les auteurs d’ajouter que «les limitations décrites dans cette section devront être prises en compte dès la conception de ces systèmes de drones et ensuite dans leur emploi. Certaines d’entre-elles seront sans doute en partie réduites à la fois grâce aux progrès technologiques, mais aussi par des processus d’emploi optimisés».

Quelles missions ?

Sur les missions dévolues aux systèmes de drones dans le cadre d’engagements sur des théâtres d’opérations extérieures, le concept rappelle que celles-ci vont des missions de surveillance et de reconnaissance «aux missions à haut risque “d’entrée en premier” dans une zone d’opération non permissive», une capacité dont la France ne disposera pas avant «une à deux décennies».

Les auteurs soulignent l’efficacité des drones aériens en soutien de missions d’interposition ou de missions de contrôle terrestre ou maritime (embargo, missions de vérification d’accords, mise en œuvre de résolutions Onu ou contrôle d’une zone démilitarisée) pour lesquelles leur permanence et leur discrétion sont des atouts précieux. Ils offrent en effet la «capacité de détecter les actions illégales et ont un effet dissuasif sur les protagonistes».

Parmi les usages non militaires des drones, notamment sur le territoire national, le rapport cite la surveillance d’urgence (incendies de forêt, avalanches, volcans), la surveillance civile (surveillance des cultures, surveillance maritime, surveillance urbaine, inspection des ouvrages d’art, surveillance du trafic routier et du transport de matières dangereuses), les usages de sécurité (surveillance policière, lutte contre le terrorisme, lutte contre les trafics illicites, POLMAR et la surveillance des flux d’immigration / sécurité maritime) ainsi que la conduite de certaines études scientifiques (études de l’atmosphère, des sols et des océans, études et prévisions météorologiques). Des missions exploitant le vecteur aérien (transport de fret / cartographie / largages de vivres et d’équipements de sauvetage en zones dangereuses) ou des missions dangereuses (détection de gaz toxiques et radiations, recherche et sauvetage en mer, en montagnes et dans le désert) sont également envisagées.

Principes pour l’emploi des drones

Pour ce qui est de l’emploi des drones, outres les critères attendus de réactivité, de protection des forces, de liberté d’action, de robustesse et de fiabilité, il s’agit de limiter la vulnérabilité des systèmes : le rapport précise en effet que «tous les drones aériens sont vulnérables face à un adversaire disposant d’équipements antiaériens plus ou moins sophistiqués. Cette vulnérabilité est encore accentuée pour les drones de théâtre privilégiant la capacité à durer. La mise en œuvre de ces derniers nécessite que l’environnement aérien soit sécurisé pour être en mesure d’exprimer toutes ses qualités. La supériorité aérienne, acquise ou constatée, devient un facteur important pour la réussite de la mission des systèmes de drones. L’autoprotection de ces systèmes résulte alors d’un compromis entre le domaine d’utilisation, le coût et le risque accepté d’attrition». Les auteurs insistent, par ailleurs, sur la nécessité de maintenir «l’homme dans la boucle» : constatant l’autonomisation croissante des systèmes de drones et les progrès en matière d’intelligence artificielle, ils rappellent qu’aujourd’hui, «l’implication de l’homme doit rester prépondérante : la décision doit rester l’apanage de l’humain, la répétitivité celui de la machine». Sans pour autant nier la pertinence de systèmes totalement automatisés, actuellement en développement, pour certaines missions protégées, comme le transport de marchandises ou l’Evasan.

Sur les drones armés

Sur la question des drones ISR armés, le rapport remarque que «le rapport coût / efficacité et les conséquences, notamment en matière de perte d’endurance, devront être particulièrement analysés» et ajoute que l’armement des drones de contact est théoriquement possible, «mais nécessite encore des développements techniques (munitions, système de séparation), sauf à considérer un engin “suicide” qui sort du champ de l’étude, car non récupérable».

Quelles améliorations ?

Dans le domaine des capacités futures, «l’ensemble de la chaîne constitutive du système doit être examiné, afin d’identifier les éléments critiques. Ainsi, les processus d’acquisition, notamment pour un achat “sur étagère”, les conditions d’emploi, de maintenance et de formation liées au système doivent être étroitement analysés et encadrés pour garantir un niveau d’autonomie d’emploi suffisant». Les auteurs du concept estiment que les principaux efforts de développement doivent porter sur le pilotage automatique et les technologies propres aux drones armés (furtivité, manœuvrabilité et autoprotection). Ces dernières pouvant être difficiles à maîtriser, ils estiment «qu’à défaut, il est envisageable de s’en affranchir en utilisant d’autres modes d’action ou en multipliant le nombre de vecteurs aériens (attaque en essaim de drones plus “rustiques” permettant de saturer les capacités défensives d’un dispositif adverse)». Enfin, la maîtrise des coûts doit demeurer une priorité, pour les développements comme pour d’éventuels achats sur étagère. Afin d’y parvenir, le rapport avance plusieurs pistes dont la «recherche de convergences au niveau interarmées et interministériel au niveau de l’expression des besoins», afin de pouvoir partager des coûts de développement et de possession et d’accroître le nombre de commandes. Une autre piste serait la «coopération et la mutualisation des besoins au niveau européen».

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