Des tensions persistantes au Maroc

La période du ramadan n’aura pas apaisé les esprits au Maroc. Deux mois après le lancement sur les réseaux sociaux d’une campagne de boycott sans précédent contre plusieurs marques de produits de première nécessité, des appels à manifester contre la vie chère, doublés de revendications politiques, se multiplient.

A l’appel de plusieurs associations de gauche, dont la Confédération démocratique du travail (CDT), une grève générale a débuté le 20 juin afin de «dénoncer les atteintes au pouvoir d’achat des citoyens» et demander la libération des personnes arrêtées lors des manifestations du Hirak de la région de Jerada (est du pays) en mars dernier, qui avaient été réprimées par les autorités. Les militants du Rif, qui avaient défié les autorités un an plus tôt et avaient également été réprimés, manifestent à présent en Europe, à Anvers le 16 juin et à Paris le 23, en demandant la libération des prisonniers politiques.

Le roi n’a pas inclus parmi les grâces de fin de ramadan les activistes de ces deux régions. Ces mouvements font écho à la campagne de boycott des produits laitiers de la société française Centrale Danone, mais aussi de l’eau minérale de Sidi Ali et les stations service d’Afriquia, groupe appartenant au ministre de l’Agriculture, Aziz Akhannouch. Non seulement cette campagne ne faiblit pas, mais elle s’étend aujourd’hui, via les réseaux sociaux, aux Marocains émigrés en Europe et aux Etats-Unis.

Centrale Danone a perdu 20% de son chiffre d’affaires depuis le lancement de la campagne, qui dénonce la position de monopole de ces trois sociétés sur leurs marchés respectifs et leurs marges «abusives» sur les producteurs locaux. 42% de la classe moyenne marocaine contribuent activement à cette campagne.

Alors que la classe politique se déchire sur fond de rivalités politiciennes, les appels à une prise de parole du roi pour apaiser les tensions et lancer les réformes sociales et économiques attendues se font plus pressants. La fête du Trône, le 30 juillet, pourrait fournir cette occasion, estiment plusieurs sources. Le risque d’une «convergence des luttes» trans-classes sociales, annonciatrice d’une vague d’instabilité similaire au mouvement du 20 février 2011 dans le pays, est pris au sérieux par les observateurs.

 

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