Défense Nationale : un Livre Blanc schizophrène

Par Nicolas Dupont-Aignan

Député non-inscrit de l’Essonne, Président de Debout la République

Nicolas Dupont-Aignan
Le Livre blanc 2008 a le mérite de renouveler la pensée stratégique française. Il définit les nouvelles menaces qui pèsent sur notre pays en pointant sans tabou les insuffisances — retard d’investissement, saupoudrage géographique des forces de projection… — que l’on a laissé au fil du temps se développer dans les armées. Il reprend ainsi à son compte la préoccupation légitime de l’adaptation et de la rationalisation de l’outil de défense, afin de lui ménager des marges de manœuvre et une capacité nouvelle de redéploiement. Il en énumère également les priorités : l’anticipation, la dissuasion, la protection, l’intervention, l’interopérabilité et le renseignement.

«Objectif atteint», serait-on ainsi tenté de dire à ce stade de l’analyse. Hélas, cet authentique Livre blanc, pour ce qui concerne le diagnostic, vire étrangement au noir dès lors qu’on se penche sur les solutions qu’il préconise… Comme pris de schizophrénie, il propose deux orientations totalement contradictoires avec la diversité des menaces qu’il détaille.

La première est la réduction du format des armées. Déjà diminué après la réforme de la professionnalisation initiée par Jacques Chirac, la défense de notre pays serait sérieusement amputée si l’on suivait ses propositions.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Si l’on mettait en œuvre les prescriptions du Libre blanc (stabilité des dépenses militaires en volume jusqu’en 2012, augmentation de 1 % par an au-delà), notre effort de défense baisserait de 2,41 % du PIB aujourd’hui, à 2 % dans cinq ans. Car n’oublions pas que si l’on ôte les pensions (8,92 milliards d’euros, soit 0,48 % du PIB) et les dépenses de la gendarmerie (5 milliards d’euros, soit 0,27 % du PIB), nous nous situons aujourd’hui, en comparaison Otan, seulement à 1,64 % du PIB. Dans cinq ans, nous serions descendus à 1,22 %, soit à peine le niveau de l’Allemagne mais avec des obligations opérationnelles bien plus lourdes.

Abandon aux calendes grecques du second porte-avions, réduction de notre aviation de combat, diminution importante de notre présence en Afrique (le «continent de l’avenir») ou encore cure d’amaigrissement sans précédent de l’armée de terre, la France ne pourra plus jouer son rôle.

La seconde faute, cohérente d’ailleurs avec la première, est la réintégration complète de la France dans l’organisation militaire de l’Otan. Une réintégration dont on ne voit pas les avantages mais dont on ne connaît que trop les inconvénients.

Les bénéfices sont inexistants car ce retour est précipité et contraint par l’impasse budgétaire. Et quel sera le poids d’une France qui réduit son effort de défense par rapport à un Royaume-Uni qui l’augmente ?

Comment ignorer que la contrepartie sine qua non réclamée initialement sur l’Europe de la Défense a disparu ? Comment ne pas s’interroger, à l’instar d’Alain Juppé, sur ce qui ressemble de plus en plus à un marché de dupes ?

Le Général de Gaulle avait anticipé, il y a cinquante ans, l’avènement d’un monde multipolaire. C’est pourquoi il avait voulu que la France se dote des moyens industriels, scientifiques et militaires à la hauteur d’une politique étrangère indépendante et s’adressant à tous les peuples de la Terre.

Ce monde apparaît sous nos yeux, il a besoin plus que jamais — l’affaire irakienne l’a prouvé — d’une France libre et d’une Europe indépendante… Et que faisons-nous ? Par faiblesse, nous réduisons la voilure et confions à d’autres le fardeau !

Comment les Français, et surtout les autres Européens, se convaincront-ils de la nécessité d’un effort de défense ambitieux, dès lors que la France, en principe la première avocate de cette politique, y renonce elle-même ?

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