La défense allemande sous Merkel IV

En Allemagne, les questions de défense et de sécurité n’ont pas joué de rôle important dans les débats électoraux. Non parce qu’il existe une unité de vue entre les partis. Mais parce que les différences restent somme toute minimes et ne devraient pas constituer un point de blocage pour la coalition en formation, quelle que soit sa couleur finale.

A ce propos, l’annonce rapide des sociaux-démocrates de choisir l’opposition après leur lourde défaite, et la probabilité actuellement assez haute d’avoir à Berlin une coalition inédite réunissant les conservateurs (CDU/CSU), les libéraux (FDP) et les écologistes, ne doivent pas encore être prises pour des certitudes. Entre ces trois derniers partis, certains désaccords pourraient ne pas être désamorcés. Par exemple entre les conservateurs bavarois et les Verts sur l’immigration, ou encore sur la protection du climat entre les libéraux et les écologistes. Certains observateurs avertis n’excluent d’ailleurs pas encore l’option de nouvelles élections.

En ce qui concerne la défense et l’armement, les trois formations ont quelques avis communs. Il faut soutenir l’Onu, renforcer l’engagement de l’Allemagne dans l’Otan et développer une réponse sécuritaire européenne cohérente et intégrée. Sur l’état de la Bundeswehr, tous s’accordent à dire que l’Allemagne doit avoir une armée opérationnelle et que pas mal de choses restent à faire. Dans leur programme, les écologistes estiment que point n’est besoin d’augmenter le budget de la Défense pour cela. Et que plus d’efficacité dans la gestion des ressources devrait suffire. Mais avec les nouvelles missions que les Verts rêvent de donner à l’armée, il est difficilement imaginable que, le jour venu, ils bloqueront une augmentation budgétaire justifiée.

Plus épineuse est la question des exportations d’armes. Sur le fond, aucun des trois partis ne veut bien sûr vendre des armes à des dictatures ou dans des régions de conflit. Mais les conservateurs et les libéraux n’ont pas trop de problèmes à livrer un pays comme l’Arabie Saoudite, alors que c’est un dilemme pour les écologistes. Ces derniers demandent d’ailleurs une nouvelle loi sur les exportations d’armement. Un tel projet finira bien par voir le jour. Car si gouvernements et industriels répugnent à toucher au statu quo, l’incertitude n’est pas bonne pour les affaires. Le besoin de clarifier les règles est donc là, pas seulement pour les ventes vers le Proche et le Moyen-Orient, mais aussi en ce qui concerne la question des ventes d’armes produites par des entreprises communes franco-allemandes et européennes. Sur le fond, on s’aperçoit qu’entre les trois partis, le problème est plus une question de dosage que de principe.

Pour ce qui concerne le maroquin de la Défense, il est trop tôt pour savoir qui le récupérera. A titre indicatif, en 2013, l’élection avait eu lieu le 22 septembre, le programme de gouvernement avait été signé le 17 novembre et Angela Merkel avait été réélue le 17 décembre ! Pour l’instant, Ursula von der Leyen, qui restera un poids lourd au gouvernement quel que soit son futur poste, fait campagne pour «continuer à accompagner le processus de modernisation de la Bundeswehr». Cependant, sa gestion trop brutale de différents problèmes internes à la troupe a assombri ses rapports avec la hiérarchie militaire, et sa reconduction n’est pas assurée.

Enfin, dans l’optique des questions de défense, que dire de l’entrée au Bundestag du parti nationaliste-conservateur Alternative pour l’Allemagne ? Son principal (et unique ?) expert est le député fédéral et chef de la Fédération berlinoise AfD Georg Padzerski, colonel en retraite. Il a eu des fonctions de direction lors de l’intégration de l’armée est-allemande dans la Bundeswehr, à la direction des opérations du bataillon germano-néerlandais, à la représentation allemande auprès de l’UE, au sein des équipes de planification d’Enduring Freedom et, pour finir, au département logistique de l’ancien QG portugais de l’Otan. Mais quelles que soit ses qualifications, son parti n’ayant que 12,6% des voix et se trouvant dans l’opposition sans espoir de coopération avec les autres partis, il n’aura guère voix au chapitre. Ceci d’autant plus que le rôle de mouche du coche est déjà occupé par les députés de la gauche radicale, via les questions au gouvernement.

 

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