Cyber et tour d’ivoire

Inauguré en grande pompe à Helsinki en octobre dernier, le centre d’excellence de la guerre hybride se voulait un symbole sans précédent de coopération entre l’Otan et l’Union européenne, d’où sa localisation. Plusieurs personnalités sont venues lui apporter leur caution morale, comme le président finlandais Sauli Niinisto, James Mattis, le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg ou encore Federica Mogherini.

Si les Finlandais ont brillé lors de la guerre d’hiver contre les Soviétiques par leur maîtrise des techniques de guérilla, le centre d’excellence essuie, lui, les critiques les plus virulentes de la presse finnoise. Il semble en effet qu’au regard du mandat reçu et qui porte sur l’identification des modes opératoires tant russes que chinois ou djihadistes pour exploiter les vulnérabilités juridiques, économiques, cyber ou médiatiques occidentales, le centre ne dispose que d’un budget de 1,5 million d’euros.

En outre, son équipe de chercheurs est exclusivement composée d’universitaires spécialistes de la géopolitique de la baltique. Or les récentes attaques hybrides ont démontré qu’elles étaient avant tout le fruit de la créativité d’opérationnels et non celui d’une approche académique. De plus, la majeure partie des documents portant sur ces attaques sont non seulement extrêmement techniques mais surtout couverts par un niveau de confidentialité inaccessible à des universitaires non habilités.

Si les thématiques du cyber et de la guerre asymétrique ont suscité le financement de nombreuses chaires en Europe, peu d’entre elles sont parvenues à se doter d’une véritable culture opérationnelle. Le centre d’excellence cyber de Tallin et celui de Riga portant sur la communication stratégique constituent des exceptions précisément parce qu’ils ont su ouvrir leurs portes aux praticiens.

Aussi, si l’existence d’un centre d’études sur les méthodologies de guerre hybride s’avère indispensable, les autorités finlandaises semblent préoccupées par le syndrome de «la tour d’ivoire» qui menace déjà le groupe des chercheurs d’Helsinki, et auraient été invitées à prendre des dispositions pour adapter son organisation et mettre un terme à ses modes d’auto-recrutement.

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