Colombie : difficile participation des ex-FARC aux élections du 11 mars

Tout est déjà en place et les jeux sont en partie faits pour les premières élections générales de Colombie de l’ère «post-conficto» qui auront lieu le 11 mars. Depuis la fin janvier, le pays s’est couvert d’affiches et de placards électoraux de 17 partis politiques différents, de l’extrême-gauche à la droite conservative, tous frappés des visages, des couleurs et du numéro des candidats aux postes de sénateurs et de députés (près d’un millier enregistrés pour chaque chambres). Seront élus au final 108 «Senadores» pour la chambre haute (100 représentant les circonscriptions nationales, deux les circonscriptions indigènes, cinq les ex-rebelles, le dernier poste revenant au perdant de l’élection présidentielle à suivre) et les membres de la chambre basse, la « Cámara » (soit au total 172 députés, dont 161 représentant les 32 circonscriptions départementales plus le Distrito Capital, cinq pour les ex-rebelles, deux pour les descendants de la communauté africaine, un pour les départements insulaires de la Caraïbe colombienne, un pour la communauté indigène et un pour les Colombiens de l’étranger. Sans oublier aussi les cinq représentants de la Colombie au « Parlamento Andino », organisme consultatif sud-américain, sis à Bogota, qui associe Bolivie, Chili, Colombie, Equateur et Pérou depuis 1979. Détail amusant pour un Européen, les bulletins de vote s’adressant aussi à des citoyens analphabètes (indiens ou ex-guérilleros pour l’essentiel) comportent photo, numéro et couleur du parti de chaque candidat à recopier, histoire de faciliter leur choix…

Plus significatif cette année, ce sont neuf candidats (dont Humberto de La Calle du Partido Democrático et Iván Duque du Centro Democrático, poulain de l’ancien président Álvaro Uribe, tous deux nettement en tête dans les intentions de vote) qui se présentent, au nom de leur parti respectif, pour succéder, au mieux, le 27 mai à l’actuel président de la République, Juan Manuel Santos, élu depuis 2010 et initiateur des accords de paix de La Havanne. Des accords difficiles qui ont mis, d’abord, un terme à une interminable et sanglante guerre civile et, ensuite, permis aux anciens guérilleros de pouvoir participer librement, pour la première fois, en tant que parti politique à un exercice démocratique particulièrement ouvert. Mais ouverture ne signifie pas pardon et acceptation pour une forte majorité de citoyens — loin d’être favorables à ces accords —, comme en ont eu la dure révélation les candidats des ex-FARC (rebaptisées Force Alternative Révolutionnaire de la Commune – en référence à celle de Paris en 1870 !), qui ont dû suspendre leur campagne électorale face à l’hostilité de la population dans plusieurs des 32 régions du pays. Les forces de police n’ont pas pu empêcher de nombreuses manifestations populaires, souvent violentes, contre ces réunions programmées ! Pour Rodrigo Londoño Echeverri, alias Timoleón Jiménez ou Timochenko, ancien leader des FARC, la douche a été plus froide que prévue ; ses quelques discours publics à forte connotation marxiste-léniniste lui ayant attiré les huées d’une population très au fait des désastres sociaux et des privations de liberté engendrés par le socialisme idéologique d’Etat à Cuba et au Venezuela — la Colombie actuelle abritant déjà plus d’un million d’émigrés économiques venus du pays voisin, des témoins dans le plus grand dénuement et qui le font savoir.

Avec son slogan électoral «Mano firme, corazón grande» (main ferme, grand cœur), le Centro Democrático, créé il y a moins de cinq ans par Álvaro Uribe (au moment de sa rupture avec Juan Manuel Santos du Partido de la Union), semble à même de séduire une grande partie des Colombiens, qui s’opposent à la place institutionnelle automatique laissée aux anciens rebelles par les accords de La Havanne, soit dix places de parlementaires (cinq sénateurs et cinq députés) pour deux mandatures, soit jusqu’en 2028. Bien sûr avec les avantages et l’immunité qui l’accompagnent alors même que les petits partis des communautés indigènes de Colombie voient leurs places réduites et les narco-trafics reprendre avec vigueur dans plusieurs régions du pays restées sous la houlette d’anciens rebelles en rupture de ban ou simplement laissés pour compte des accords de La Havane, qui n’ont réglé qu’une partie des questions restées en suspens…

Par delà les élections législatives du 17 mars qui vont donner une nouvelle image politique de la Colombie — qui connaît actuellement une croissance économique parmi les plus fortes d’Amérique du Sud —, si aucun candidat ne recueille la majorité absolue au premier tour de la présidentielle du 27 mai, une seconde «vuelta»  sera organisée le 17 juin. D’ici là, avec une chance très réduite de faire valoir leur discours social inaudible dans presque tout le pays, sinon à la télévision d’Etat, les ex-FARC risquent de se faire doubler par une inattendue vague de droite ainsi que par de nouveaux partis de gauche, comme l’Alianza Verde ou le Polo Democrático Alternativo, qui ont maintenant une implantation accrue et un discours moderne bien adapté aux attentes de nombreux citoyens dans les plus grandes villes de Colombie, comme Bogota, Medellin ou Cali. Des métropoles restées de tout temps largement à l’écart de la guerre civile et des problèmes des campagnes déshéritées, qui ont été à l’origine des rébellions armées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Une chose est sûre, les parlementaires colombiens de 2018 n’auront d’autre choix que de créer les conditions pratiques à l’émergence d’une Colombie pacifiée au terme de trois générations élevées dans un esprit de guerre civile mais qui ont su préserver malgré tout les institutions démocratiques du pays. Chose rare en Amérique latine.

 

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