Calidus B-250 « Al Badr » : l’étoile du Dubai Air Show 2017

Quelque peu masquée par les annonces choc de méga-contrats commerciaux avec Airbus et Boeing, la présentation au Dubai Air Show 2017 du chasseur biplace léger Calidus B-250 n’a pas manqué d’interpeller les spécialistes. Cet avion à hélice tout noir, qui ressemble à un croisement entre un Beechcraft T-6C Texan II et un Embraer A-29 Super Tucano, est le tout premier avion militaire produit aux Emirats Arabes Unis. Mû, comme nombre de chasseurs légers COIN (COunter-INsurgency) actuels, par un turbopropulseur Pratt & Whitney Canada PT6A-68 de 1 600 ch, cet avion d’attaque léger est le résultat d’un partenariat entre les EAU (Calidus) pour le financement et le marketing, le Brésil (Novaer) pour la conception, et les USA (Rockwell Collins) pour l’avionique de bord.

On savait l’industrie émirienne capable de produire ou de participer, à travers de nombreux partenariats en Europe, à la fabrication de matériels terrestres modernes (armes à feu et véhicules blindés) et navals (vedettes et corvettes), voire de drones. Il apparaît qu’avec le B-250, les EAU visent désormais à prendre également pied dans le monde des avionneurs. On se souvient que la création en 2014 de l’Emirates Defense Industries Company (EDIC), placée sous la direction de Luc Vigneron — ancien PDG de Thales — a constitué le premier effort des EAU pour établir une industrie d’armement locale pleinement intégrée ; suite au regroupement de diverses sociétés précédemment sous la coupe de Mubadala Development Company, de la Tawazun Holding et de l’Emirates Advanced Investments Group. Toutefois, dans le cas du Calidus B-250 — baptisé localement «Al Badr» (ou Pleine Lune en langue arabe) —, il s’agit d’une initiative privée dans la logique des plans nationaux «Vision 2021» et «Vision 2030» qui s’inscrivent dans le développement accru des Emirats en tant que foyers d’innovation technologique dans tous les domaines ; et propres également à assurer une certaine autonomie nationale en matière de défense.

En réalité, si la cellule du B-250 a été entièrement conçue au Brésil (d’où son immatriculation civile PT-ZNU à côté de la cocarde des EAU) par la firme Novaer Craft à São José dos Campos près de São Paolo, c’est la société US Rockwell Collins qui a défini toute l’avionique en adaptant au besoin militaire sa «Pro Line Fusion digital avionics suite», un ensemble électronique très haut de gamme issu de l’aviation d’affaire VIP. Il inclut un viseur tête-haute (HUD) et en option une boule EO/IR/laser montée en position ventrale. Doté de sept points d’emport d’intrados pour des armements (y compris des munitions guidées de précision, PGM), le B-250 se distingue totalement de ses concurrents : il est entièrement fabriqué (cellule, ailes et empennages) en fibre de carbone. Ce qui confère à cet avion, selon le fabricant, une extrême solidité et une capacité d’emport exceptionnelle liée directement à la faible masse de la cellule. Il reste que le créneau commercial des chasseurs d’attaque air-sol légers, type COIN, est aujourd’hui très chargé, voire saturé… Beechcraft Textron avec son T-6C, Embraer/Sierra Nevada avec l’A-29 Super Tucano, Pilatus avec les PC-7 et PC-9, Korean Aerospace Industry (KAI) avec le KT-1 Woongbi, Turkish Aerospace Industries (TAI) avec le Hürkuş C et IOMAX/Airtractor avec l’Archangel, ces deux derniers tous deux présentés au dernier salon du Bourget. Du coup, on ignore encore si l’UAE Air Force compte acquérir et mettre en ligne le B-250…

Qu’en est-il de l’origine de cet avion ? A la demande de la société Calidus, Novaer Craft a lancé la conception de la cellule du B-250 en 2015 en partant des études du projet A-67 Dragon abandonné en 2006 après l’accident du prototype. Cette société brésilienne a bénéficié de l’expérience d’un des plus grands ingénieurs aéronautiques du pays : József «Zé» Kovács — un proche du Français Max Holste, créateur sous sa direction chez Embraer en 1965 du célèbre bimoteur EMB-110 Bandeirante. Âgé aujourd’hui de 90 ans, Zé Kovács, né en Hongrie, a un parcours très original. En 1948, il fuit son pays et il émigre vers le Brésil en 1949 où, en tant qu’ingénieur en aéronautique, il contribuera au fil des ans à la conception d’une dizaine d’avions, à commencer par le premier planeur jamais construit au Brésil, le Periquito, pour terminer avec l’actuel B-250 pour Calidus, en passant par l’EMB-312 Tucano, un avion conçu en collaboration avec son collègue Guido Pessotti chez Embraer. Au Brésil «Zé» Kovács conserve une réputation d’inventeur génial puisque son nom y est associé à de nombreux brevets technologiques déposés. Ses inventions les plus récentes touchant au domaine des aérostructures en composite de carbone.

Concepteur notoire (il y a un demi siècle chez Neiva à Botocatu) du T-25 Universal, un avion à hélice tout métal successeur du célèbre North American T-6 Texan, le T-25 a la réputation d’avion increvable. Il a été construit à près de 200 exemplaires et reste, semble-t-il, aussi increvable que Zé Kovács, lequel après avoir participé à la conception de nombreux avions légers au Brésil depuis soixante ans, a imaginé chez Novaer Craft le prototype très élégant du monomoteur quadriplace T-Xc Pilgrin (entièrement fait en fibre de carbone et dont le premier vol remonte à 2014). C’est ce nouvel avion que le président de Novaer Craft, Graciliano Campos, propose au gouvernement brésilien de produire en série à Lages, dans l’Etat de Santa Catarina, afin de remplacer à partir de 2022 la soixantaine de T-25 encore en service à Pirassununga pour l’instruction au pilotage aux côtés d’autant de T-27 Tucano. De fait, bien que très récent, le B-250 bénéficie d’une ascendance et d’une expertise très sérieuses. Reste à connaître le prix exact de cet avion sur lequel Calidus ne s’est pas prononcé en public.

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