Berlin et le «risque» A400M  

Retards de livraisons, problèmes techniques persistants et charge financière qui s’alourdit : c’est le lot de certains grands programmes d’armements particulièrement complexes qui finissent souvent par se stabiliser et peuvent même devenir de véritables succès commerciaux. Qu’en sera-t-il pour l’A400M d’Airbus ? C’est la question que se pose, en Allemagne, un rapport confidentiel accompagnant la dernière livraison du «rapport annuel sur l’Armement».

«Il est difficile de savoir quand et comment une version mature et opérationnelle de l’A400M répondant à nos exigences tactiques sera disponible», s’inquiètent ses auteurs. Le rapport liste, bien sûr, les nombreux problèmes qui grèvent l’A400M et le rendent difficilement opérationnel aux yeux de la Bundeswehr. Il y est notamment question de l’absence de mise en réseau des différents réseaux informatiques du système de pilotage et de commandement. Ce qui oblige les hommes à procéder à l’échange manuel de certaines données entre les réseaux, comme la consommation de carburant.

Selon le document, qui parle aussi d’une maintenance «lourde», la planification d’une mission peut ainsi prendre jusqu’à 50 heures de travail. Ce système de planification long et complexe empêche le lancement à court terme de nombreuses missions, tel le sauvetage. Le document souligne que, dans ces conditions, les A400M de la Bundeswehr n’effectuent guère plus de deux missions par semaine.

Au vu des problèmes persistants de l’avion, les Allemands craignent deux choses. D’abord la possibilité que l’A400M ne soit pas du tout opérationnel en 2021, lorsque la flotte allemande déjà fatiguée et insuffisante de C160 sera retirée du service. Mais aussi que le risque financier, déjà important, s’accentue encore davantage. Selon Reuters, le coût global du programme serait déjà passé de 20 à 30 milliards d’euros.

Le rapport berlinois fait état de nouveaux risques, comme ceux liés à la perte éventuelle d’un gros crédit accordé par la banque publique allemande KfW à Airbus pour soutenir ses efforts à l’exportation. Or, note le rapport, les perspectives de vente à l’étranger sont réduites, même si des discussions seraient en cours avec l’Indonésie, l’Arabie saoudite, le Pérou et la Nouvelle-Zélande.

Le ministère allemand de la Défense s’inquiète donc pour son budget, qui pourrait se voir obligé d’encaisser la perte de 1,382 milliard d’euros (prêt et intérêts). Le risque financier augmente d’autant que Berlin a dû changer ses plans courant 2017. Jusqu’à récemment, la commande allemande, déjà passée de 66 à 53 appareils en début de programme, était en effet considérée comme trop importante. La Bundeswehr, qui a déjà reçu 17 A400M et doit recevoir le dernier en 2026 (planification fin 2017), ne devait donc acheter que 40 appareils et des acheteurs étrangers devaient être trouvés pour les 13 avions restants. Mais personne ne s’étant bousculé au portillon, et Airbus ayant refusé de modifier la commande, le Bundestag a dû reconnaître l’obligation d’intégrer tous les appareils commandés dans la flotte militaire allemande. Ce qui, selon certaines évaluations, représente une charge financière imprévue d’au moins 500 millions d’euros supplémentaires.

 

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