Bahreïn : nouveaux espoirs pétroliers

Entre 280 et 560 milliards de m3 de gaz et 80 milliards de barils de pétrole, tel est le volume estimé de la découverte d’hydrocarbures que vient de faire le Bahreïn dans le «Khaleej Al-Bahrain basin», situé au large de sa côte occidentale.

Annoncée la semaine dernière par le ministre du Pétrole, cheikh Mohamed ben Khalifa, sur la base des données émanant des consultants américains DeGolyer and MacNaughton (D & M), cette découverte est la plus importante jamais réalisée dans l’émirat depuis le puits Dukhan n° 1, dont l’entrée en production en 1932 fit accéder les Etats arabes du Golfe à l’ère pétrolière. Le puits, toujours actif, est d’ailleurs devenu un monument national.

Jusqu’à la mise en évidence de ces nouveaux gisements, le Bahreïn ne disposait que de réserves prouvées limitées et en déclin constant. Le «CIA Factbook» les estimait en 2017 à 92 milliards de m3 de gaz et 125 millions de barils de brut.

Pour l’instant, la prudence reste néanmoins de mise. Il s’agit en effet d’hydrocarbures non-conventionnels «en place», selon la terminologie pétrolière, dans des couches profondes et dont le taux de récupération finale est à définir. Des travaux doivent débuter prochainement, afin d’optimiser les techniques de production qui nécessiteront notamment le recours à la fracturation hydraulique et au forage de très nombreux puits horizontaux. Le Bahreïn souhaite obtenir, dans un cadre juridique et commercial non encore spécifié, le partenariat des grandes compagnies pétrolières internationales qui disposent de l’expertise et de la capacité de financement nécessaires.

Le pays est, de ce point de vue, dans une situation critique, bien loin de la période faste des années 70, où il bénéficiait à la fois de revenus pétroliers significatifs et d’un monopole en tant que place financière régionale. Aujourd’hui, ses recettes pétrolières proviennent de deux champs : le Bahrein Field (anciennement Awali Field) et l’Abu Safah Field.

Situé à terre, le Bahrein Field produisait encore 50 000 barils/jour en 2015 selon l’Administration américaine d’Information sur l’Energie (EIA). Mais sa productivité est en décroissance rapide, en dépit des travaux menés à partir de 2009 par l’opérateur bahreïni Tatweer Petroleum en partenariat avec Mubadala Investment Company (MIC) et Occidental Petroleum (OXY). MIC et OXY se sont d’ailleurs retirées en 2016.

Abu Safah est un gisement offshore exploité par Saudi Arabian Oil Company (Saudi Aramco) après une exploration menée conjointement avec Bahrein Petroleum Company (BAPCO) dans les années 50. Depuis un accord intervenu en 1972 entre les deux Etats, Saudi Aramco rétrocède au Bahreïn 50% de la production d’environ 300 000 barils/jour. A ces recettes s’ajoutent celles générées par les activités de la raffinerie de Sitra (capacité : 250 000 barils/jour). Sa modernisation et son expansion, pour un montant estimé à 4,2 milliards de dollars, ont été confiées l’an dernier à un consortium emmené par TechnipFMC.

Au total, les revenus pétroliers et gaziers du gouvernement ont atteint 4,3 milliards de dollars en 2017, un montant largement inférieur à ses dépenses. Le déficit budgétaire a en effet atteint 2,7 milliards de dollars. Depuis plusieurs années, et plus particulièrement à la suite de la chute des prix du pétrole survenue durant l’été 2014, le Bahreïn est contraint d’emprunter fortement sur les marchés internationaux afin de couvrir ses besoins courants. Déjà proche de 90% du PNB, la dette pourrait, selon Moody’s, atteindre 100% de celui-ci dès l’an prochain. Le pays bénéficie aussi du support financier de ses partenaires du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), notamment l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis.

L’ensemble de ces éléments ont déjà conduit les agences de notation à classer les titres d’emprunt bahreïnis dans la catégorie des «junk bonds» (obligations à haut risque). Reflet de cette défiance, une nouvelle hausse des taux d’intérêt vient d’être imposée par les prêteurs internationaux. C’est dire que l’arrivée inattendue de nouvelles réserves survient à point nommé pour ranimer l’économie du pays le moins pourvu en hydrocarbures parmi les membres du CCG.

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