Armée de l’Air : il n’y a pas que le matériel

Pour le chef d’état-major de l’armée de l’Air (CEMAA), le général André Lanata, la «principale préoccupation», la «priorité de ses priorités», est la question des ressources humaines. Sa situation est des plus préoccupantes et constitue un enjeu vital pour l’armée de l’Air. En cause, la conjonction de deux dynamiques aux effets cumulatifs : les déflations d’effectifs de ces dernières années et le sursaut dans l’engagement en opex.

Depuis dix ans, l’armée de l’Air, qui supporte 50% des réductions d’effectifs du ministère sur la LPM en vigueur, a ainsi perdu 18 400 postes, la moitié de ses commandements et directions et 17 bases aériennes. Quant au niveau d’engagement, il dépasse de très loin le contrat opérationnel, ce que le CEMAA pointait récemment en commission : «vingt avions de combat projetés au lieu de douze, trois bases aériennes projetées au lieu d’une et quatre théâtres d’opérations au lieu d’un».

Avec un impact direct sur la formation, l’acquisition et la préservation des compétences. Les meilleurs pilotes étant prioritairement envoyés en opex, le nombre de cadres présents en escadron pour former les nouveaux pilotes est trop faible, ralentissant toute la chaîne de formation. Conséquence directe : des délais de formation allongés de 30% en moyenne pour les pilotes de chasse et de vingt-quatre mois pour les commandants de bord de C-130H ! Avec un risque de pertes de compétences, qu’il s’agisse de celles du haut du spectre – peu utilisées dans les opex (entrée en premier, frappes dans la profondeur, supériorité aérienne), de celles davantage sollicitées en opérations (frappes de précision, ravitaillement en vol) ou encore de celles relatives à la flotte de transport (livraison par air, opérations aéroportées).

Des retards aggravés par la faible disponibilité, en escadrons, de certaines plateformes et de certains équipements, comme les nacelles de désignation laser. La transmission des savoir-faire – donc de la relève – est aujourd’hui en jeu. D’autant que s’ajoutent au tableau les problèmes d’attractivité et de fidélisation de certaines filières, comme celle des fusiliers commandos, très sollicités dans le contexte sécuritaire et dont 70% des effectifs ne renouvellent pas leur premier contrat !

L’institution peine par ailleurs à recruter des spécialistes du renseignement, des mécaniciens ou des contrôleurs aériens, des spécialités prisées par le secteur privé, et ne parvient à recruter que 60% des effectifs de spécialistes des systèmes d’information nécessaires. Idem pour la filière de navigateur NOSA (navigateur officier systèmes d’armes), qui souffre d’un manque de débouchés dans le secteur civil lors de la reconversion.

Dans l’attente d’un «sursaut» espéré dans la prochaine LPM – qui devra se traduire par une hausse des recrutements –, l’armée de l’Air a lancé en septembre 2016 un ambitieux programme de modernisation de ses outils de formation du personnel navigant, baptisé Orion. Ayant pour objectif de «libérer des marges de manœuvres», il intègre le programme de formation des pilotes de chasse (FOMEDEC) et celui des pilotes de transport.

Pour la partie chasse, il s’agit notamment de revoir tout le cursus de formation qui sera mis en place avec l’arrivée l’année prochaine des premiers PC-21, un outil de formation beaucoup plus adapté (notamment en matière d’avionique) pour faciliter la bascule sur Rafale. Mais aussi de renforcer l’attractivité des filières en tensions, en proposant, par exemple, un parcours NOSA à des sous-officiers – l’expérimentation est en cours – et en ouvrant celle d’opérateur drone aux jeunes officiers sous contrat et aux sous-officiers. En 2017, les pilotes de chasse de l’armée de l’Air auront enregistré 164 heures de vol d’entraînement et devraient voler 170 heures l’année prochaine : un volume qui reste inférieur aux normes requises par l’Otan (180 heures).

 

Articles similaires :