Un drone n’en cache pas un autre…

L’achat par la France de deux drones américains Reaper, s’il répond à un besoin opérationnel urgent (le Mali, les otages), pose aussi, à plus long terme, les questions du degré d’autonomie stratégique que la France souhaite conserver et de l’avenir de la filière aéronautique française et européenne.

Les deux drones du Block 1, achetés d’occasion à l’US Air Force, seront d’abord pilotés par des opérateurs américains depuis les Etats-Unis. Des opérateurs drones français sont déjà sur place pour se familiariser avec la plate-forme. A Nyamey, où seront déployés les deux appareils, Français et Américains travaillent déjà au passage du flambeau aux opérateurs de l’armée de l’air.

Le “package” proposé par les Etats-Unis comprend les plates-formes elles-mêmes, ainsi que la formation et le soutien. A plus long terme, ces drones, et les probables suivants (du Block 5, normalement à partir de 2016), devraient être pilotés depuis l’Europe.

Les Britanniques ont déjà l’expérience du transfert de leurs Reaper vers le Royaume-Uni, et des discussions seraient en cours avec eux pour envisager une coopération dans ce domaine. Le soutien devrait, dans un premier temps, être assuré sur une des bases européennes de l’US Air Force, peut-être celle de Sigonella, en Sicile.

Vient ensuite la question du degré d’autonomie stratégique que la France souhaite conserver. Elle ne se posera pas dans le cadre des opérations au Mali ou dans le Sahel, où Français et Américains partagent globalement les mêmes ennemis et objectifs stratégiques. Qu’en sera-t-il demain sur d’autres théâtres, en Afrique ou ailleurs ? L’industrie française et européenne sera-t-elle alors capable de proposer des solutions “locales” à nos forces ?

A plus long terme, c’est bien l’avenir de la filière aéronautique en France, et en Europe, que pose cet achat aujourd’hui indispensable. Quelle sera la place des drones dans une industrie aéronautique française et européenne qui se retrouvera rapidement confrontée au dilemme “post-Rafale et Eurofighter” ?

Les drones et leurs technologies afférentes pourraient, demain, être les seuls programmes structurants capables de maintenir l’activité des bureaux d’études aéronautiques militaires et d’assurer un minimum de production. Tout en assurant l’autonomie tactique et stratégique et, éventuellement, un volant d’exportation. Mais on est encore très loin de cela…

Articles similaires :