Téhéran et l’école russe  

La guerre en Syrie aura permis à Téhéran de capitaliser tout le savoir-faire militaire conventionnel cumulé au cours du XXe siècle par les Soviétiques, grâce à l’observation et à la pratique sur le terrain de leurs méthodologies.

Les gardiens de la révolution et leurs forces supplétives chiites ont démontré, à travers la campagne d’Alep, qu’ils déploient désormais des concepts opérationnels inconnus d’eux il y a encore deux ans, mais caractéristiques de la doctrine de siège soviétique, utilisée récemment en Ukraine. La prise de la ville s’est ainsi déroulée en trois phases : rupture des lignes de communications de toutes les localités avoisinantes, manœuvres d’enveloppement et de rupture du front par des attaques successives et simultanées, bombardement des poches de résistance.

Le transfert de compétences ne s’est pas limité qu’à l’infanterie mais a porté également sur ce que l’Otan a baptisé l’«Air-Land Intégration». Les forces Al-Qods ont ainsi intimement coopéré avec les Spetsnaz pour apprendre à s’infiltrer dans les zones adverses, dans le but d’établir et de guider les plans de frappes, mais aussi avec l’aviation afin de fixer les milices adverses et de faciliter leur progression (d’où la présence des TU-22 en Iran).

L’incubateur russe a eu pour conséquence de susciter très vite le souhait par Téhéran de ne pas seulement bénéficier d’un support critique mais d’être aussi capable à court terme de déployer ses propres opérations. Ainsi, en février 2016, les gardiens de la révolution ont créé leur première unité d’assaut aérien calquée sur celle des Spetsnaz. En novembre 2016, Téhéran entre en phase finale de négociations pour l’achat d’un nombre non communiqué de SU-30 SM dédiés aux opérations multi-rôles. Les achats d’armements connexes démontrent la volonté des Iraniens de se focaliser sur les attaques au sol.

Mais les Iraniens, qui ont appris également à s’intégrer aux opérations d’artillerie à longue distance par le recours aux tirs de missiles balistiques depuis la Caspienne, ont débuté la constitution d’un arsenal conventionnel massif, dont la mission offensive sera protégée par le déploiement, depuis cet été, du système d’interdiction (et antibalistique) S-300 PMU2 russe.

De telles compétences contribuent désormais à bouleverser l’équilibre des forces au Moyen-Orient face aux acteurs régionaux et à leurs alliés occidentaux. Et en cela Téhéran exploite deux vulnérabilités : l’infériorité démographique et donc terrestre de ces Etats, ainsi que leur tropisme pour les opérations exclusivement aériennes.

Pour autant, trois questions demeurent, pour l’instant, en suspens : Téhéran est-il en mesure d’exporter ces nouveaux savoirs sur le théâtre irakien ? Moscou ira-t-il encore plus loin dans son transfert de compétences, en initiant notamment Téhéran à la doctrine Gerasimov et aux modes opératoires hybrides ? Et enfin, quelle sera la réaction doctrinale de Tsahal, également très influencée depuis ses origines par les doctrines soviétiques, dont la préparation à une nouvelle guerre avec le seul Hezbollah s’avère d’ores et déjà obsolète ?

 

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