Syrie : la stratégie gagnante d’Al-Qaida  

En Syrie, Al-Qaida renforce sa liberté d’action et enregistre toujours plus de ralliements. Et ce malgré les opérations aériennes russes du mois de mars près de la frontière turque entre Idlib et Alep et sur la frontière jordanienne autour de Derra. En dépit aussi de l’arrivée de nouveaux renforts de la Brigade iranienne Al-Qods et des milices chiites irakiennes ainsi que des opérations «Homo» des Américains sur les commandants djihadistes.

Par sa double contre-offensive lancée le 19 mars au centre du pays, à la fois autour de Damas et dans la province de Hama, la coalition djihadiste Haya’t Tharir al Sham (HTS) a montré qu’elle était parvenue à rallier les «rebelles» de l’Armée libre syrienne (ALS). Cette dernière a reçu, sur les deux fronts, un appui critique des forces spéciales du HTS, qui ont systématiquement attaqué les bases de la coalition Assad par vagues multiples de VBIED et sous la couverture de drones. L’ASL est ainsi parvenue à conquérir en quelques heures pas moins de douze villes autour de Hama, alors que le calme n’est toujours pas revenu à l’heure actuelle dans les faubourgs de Damas.

Les Russes ont dû déplacer en urgence une partie de leur dispositif aérien centré sur le nord du pays pour contenir l’offensive djihadiste. Même Ahrar al Sham, qui faisait cavalier seul en servant de forces supplétives aux Turcs dans le nord, s’est rapproché du HTS en combattant à ses côtés à Damas.

A l’image de Daech, Al-Qaida s’appuie également sur ses volontaires étrangers, au travers de ses brigades ouïgoures, tchétchènes et ouzbèkes, aujourd’hui au cœur de son dispositif militaire. Grâce à cette nouvelle dynamique, Al-Qaida peut s’appuyer sur de nouveaux moyens militaires. Les dernières vidéos postées sur Twitter par l’ASL démontrent en effet qu’elle dispose toujours d’un arsenal considérable de missiles antichars TOW, de chars T-90 et même de moyens antiaériens non négligeables. Malgré les communiqués hebdomadaires sur la neutralisation de ses commandants, depuis la création du HTS il y a deux mois, Al-Qaida n’a pas été affaibli par la chute d’Alep et a repris l’initiative sur le terrain, portée par une nouvelle dynamique.

Après son offensive surprise de février à la frontière jordanienne, et l’assassinat de deux des trois plus haut gradés de l’appareil de renseignement d’Assad à Homs, la reprise des combats dans toutes les grandes villes du centre du pays démontre que le clan Assad, qui ne se concentrait plus pourtant que sur la «partie utile» du territoire et malgré le soutien de ses alliés russes et chiites, ne parvient pas à le sécuriser et encore moins à gérer deux fronts en parallèle.

La chute annoncée de Daech à Raqqa pourrait bien amener certains de ses combattants à rallier Al-Qaida et à mettre à sa disposition ses réseaux de soutien à l’est du pays. Mais le ralliement de l’ASL démontre aussi que la fidélité de la bourgeoisie sunnite au clan Assad pourrait bien constituer le dernier rempart avant un embrasement communautaire, qui reste l’objectif final d’Al-Qaida dans la région.

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