Sinaï : l’alliance qui inquiète Israël

La coopération dans la bande de Gaza entre le Hamas et le groupe Wilayat Sinai, affilié à l’organisation de l’Etat islamique (EI), qui mène une guérilla dans le Sinaï égyptien, est repartie de plus belle ces dernières semaines, affirment les responsables du Shin Beth israélien.

Les islamistes palestiniens du Hamas ont ainsi permis une reprise du trafic d’armes et de marchandises passant par des tunnels reliant le sud de la bande de Gaza et le territoire égyptien tout en augmentant les taxes prélevées sur ce trafic. «Cette mesure marque un tournant car le Hamas procédait, ces derniers mois, à l’arrestation de membres de l’EI dans la bande de Gaza et à la fermeture des tunnels qu’ils contrôlaient. Or ces tunnels viennent d’être rouverts», souligne un responsable du Shin Beth.

Dans le secteur de la communication, cette politique d’«apaisement» se fait également sentir. Le Hamas permet à des membres de l’EI de diffuser à partir de la bande de Gaza du matériel de propagande, notamment pour ses réseaux sociaux, avec des messages revendiquant des attentats commis dans le Sinaï ainsi que dans d’autres régions d’Egypte.

Une partie des armes utilisées par les djihadistes provient également de la bande de Gaza. Cette alliance et surtout les réactions très modérées des autorités égyptiennes ont provoqué une certaine perplexité parmi les experts israéliens. Certains ont suggéré que des commandants de l’armée égyptienne prélèveraient une dîme sur le trafic passant par les tunnels, d’autres évoquent un réflexe de prudence des militaires égyptiens voulant éviter de se mettre à dos les tribus bédouines du Sinaï, qui pourraient fournir des combattants en cas d’arrêt total de la contrebande, leur principale source de revenus et d’emplois.

«Cet état de fait nous inquiète», ajoute le responsable du Shin Beth, qui ne manque pas de souligner qu’à chaque fois que l’Egypte ouvre le point de passage de Rafah, entre l’Egypte et le sud de la bande de Gaza, pour des raisons humanitaires, ce sont quelque 1 000 tonnes de ciment qui sont introduites à des prix exorbitants, permettant au Hamas de remplir ses coffres et d’utiliser une partie de ce ciment dans la construction de nouveaux tunnels. Selon une récente décision du Hamas, les taxes imposées sur chaque tonne de ciment ont pratiquement doublé, atteignant les 60 dollars.

L’ensemble des activités de contrebande est géré par les dirigeants de la branche militaire du Hamas dans les régions centre et sud de la bande de Gaza avec Muhammad Shabana, le commandant des forces du Hamas à Rafah à la tête de ces activités. Le Hamas continue, en outre, d’autoriser l’évacuation de combattants djihadistes blessés dans le Sinaï vers des hôpitaux de la bande de Gaza via des tunnels. Cette aide médicale est coordonnée par le docteur Muhammad Rantisi, un orthopédiste de l’hôpital Shifa dans la ville de Gaza et frère d’un des dirigeants du Hamas assassiné par l’armée israélienne en 2004.

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