S-400, S-500 : le défi technologique russe

S400Le dispositif sol-air de type “Anti access/area denial” (voir articles intitulés « Otan : faire face au déni d’accès » et « Arc d’acier et déni d’accès ») déployé par les Russes en Syrie a surpris par son efficacité les forces occidentales et tenu en échec de nombreuses opérations y compris à l’égard des plates-formes furtives, pourtant cette menace était connue depuis plusieurs années.

Ce fut l’opération Desert Storm qui, avec l’utilisation massive des bombardiers furtifs et des missiles de croisière, a poussé les Russes à redécouvrir leurs vieux radars à basses fréquences oubliés par les systèmes de guerre électronique occidentaux. La recherche russe s’est cristallisée autour des laboratoires de NNIIRT, créateur du radar P18 Spoonrest, spécialisé dans les radars à basses fréquences (UHF/VHF de 30Mhz à 1 Ghz), dont la longueur d’onde spécifique permettait de détecter les F-117 et B2 à plusieurs centaines de kilomètres. Les travaux de l’Onera dans le cadre du radar RIAS avaient déjà démontré, à la stupeur des Américains, la capacité de détection de ces plates-formes par les radars à basses fréquences.

Loin de représenter une survivance de la Guerre froide, l’introduction des traitements numériques du type STAP (Space Time Adaptative Processing) a très vite rendu ces dispositifs redoutables. La véritable rupture doctrinale pour les Russes a consisté à disposer plusieurs rideaux de radars fonctionnant sur des fréquences différentes, allant de la détection avancée bien au-delà des frontières par un réseau de radars fixes et mobiles à basses fréquences, résistant au brouillage et aux attaques de missiles antiradars, jusqu’au guidage des missiles d’interception.

Après avoir développé plusieurs modèles de Nevo ou d’Oborona, qui assuraient la surveillance 3D et 2D, Moscou dispose désormais de radars à antennes actives, comme le Nevo SVU en VHF, le Gamma DE et le Protivnik DE en bande L (1 à 2 Ghz), pour le suivi des plates-formes furtives, missiles de croisières, drones et Awacs. Ou comme le Barrier E, dédié à la détection de plates-formes de faible empreinte volant à très basse altitude tel le Rafale.

Il s’agit, dans un premier temps, de déterminer une “box de recherche” dans laquelle les systèmes sol-air S-300 ou S-400, grâce à leurs puissants radars d’acquisition en bande X (91N6E/96L6E/40V6MR), prendront ensuite le relais pour traquer la cible avant de la neutraliser par le tir d’un missile, qui sera guidé lors de sa course par un autre radar d’engagement (92N6E).

La multiplicité des radars et des fréquences employés a pour but de saturer les capacités de brouillage adverses. Certes le F22, grâce à ses GBU-39/B SDB, a pour mission de détruire le dispositif adverse d’alertes basses fréquences dès les premières minutes du combat… à condition qu’il puisse s’en approcher. D’autant que les Russes utilisent de plus en plus des dispositifs mobiles, qui compliquent le ciblage, des radars passifs et des radars bi-statiques (ou antennes d’émission et de réception sont différentes).

Enfin, à l’ensemble de ces deux réseaux automatisés de surveillance de l’espace aérien, s’ajoute un troisième segment aéronaval destiné à la détection, la poursuite et l’attaque de toute source de brouillage ESM/ELINT ciblant principalement les capacités du pod de brouillage ALQ-99 du F18 Growler. Le maillage de ce réseau par un système C4I, capitalisant sur celui de L3 Com saisi lors du conflit géorgien en 2008 par les forces russes, n’a fait que décupler les capacités de réaction de ces systèmes en leur permettant de suivre en temps réel le déploiement adverse, comme la gestion des systèmes d’armes et de détection.

Le S-400, qui dispose désormais de radars mobiles multi-fréquences à antennes actives (bandes VHF, L, X), se veut le nec plus ultra de l’approche A2/AD russe en intégrant la capacité antibalistique héritée du S-300 PMU2. En Syrie, ce système, doté de 48 missiles et capable de poursuivre jusqu’à 80 cibles, interdisait toute approche inférieure à 400 km de sa position.

La Chine, qui développe désormais ses propres radars VHF (YJ26, JY-27A, YLC2V…) et même OTH (Over The Horizon), inspirés du radar HF (0 à 30 Mhz) russe Rezonans-NE d’une portée de plusieurs milliers de kilomètres, vient d’acheter six systèmes S-400.

Mais les Russes préparent déjà le déploiement du S-500 en 2017. Loin d’être une évolution du S-400, le S-500 doit remplacer le S-300 et se dédier plus spécifiquement, grâce à un délai de réaction de 4 secondes (contre 10 pour le S-400 et 90 pour le Patriot), à la neutralisation des missiles balistiques de portée intermédiaire de nouvelle génération, des satellites en orbite basse et des armes lancées depuis l’espace par un HGV, mais aussi des missiles hypersoniques développés précisément pour tenir en échec les systèmes sol-air, ou encore des ogives nucléaires dites planantes, que les Chinois viennent de tester sur le DF-21 et qui interdisent la prédiction de leurs trajectoires…

Le recours aux bulles de déni d’accès russes ou chinoises va se généraliser dans les années à venir, d’autant que ces systèmes projetables équiperont bientôt leurs marines, sans que les Occidentaux ne puissent y répondre de manière conventionnelle.

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