Retrait US d’Irak : les grandes questions en suspens

L’heure des bilans n’a pas encore sonné pour Washington tant perdurent les interrogations quant à la viabilité de l’Irak au niveau sécuritaire, après le départ récent des derniers GI’s. Trois paramètres majeurs entrent en ligne de compte. (1) L’instabilité régionale croissante affectant le pays à ses portes (Syrie, Iran) et à l’intérieur de ses frontières : les dernières semaines ont été les témoins d’une recrudescence d’attentats suicides jusque — et ce pour la première fois — dans la “zone verte” de Bagdad, où se trouvent les bâtiments gouvernementaux et les ambassades depuis 2007 ; l’activité militaire turque dans le nord du pays s’est également intensifiée. (2) Le second facteur est bien entendu la capacité du gouvernement irakien à maintenir la cohésion d’un pays et d’un pouvoir politique profondément divisés et meurtris par une guerre civile. Ce départ plus rapide que prévu est l’illustration de ces divisions internes et de l’échec des négociations entre les autorités américaines et irakiennes quant au statut et au nombre de forces américaines devant rester dans le pays après le retrait. L’accord dit SOFA (Status of Forces Agreement) va donc laisser environ deux cents personnels de sécurité américains pour protéger l’ambassade des Etats-Unis et des milliers de contractants civils, mais l’entraînement des forces irakiennes est techniquement terminé, à l’exception d’exercices bilatéraux prévus. (3) Ce qui amène à la troisième variable et interrogation majeure, à savoir la capacité des forces irakiennes à assurer la défense et la sécurité de leur pays : réduites à néant ou presque en 2003, les forces de sécurité irakiennes comptent aujourd’hui 700 000 personnes, lesquelles, de l’avis du général Helmick, commandant en second des forces américaines en Irak, font preuve de grand professionnalisme et d’esprit de corps. Il notait cependant, voici une quinzaine de jours, que, même dotées d’un bon matériel (les Américains ont mis l’accent sur les chars M1 Abrams, l’artillerie et la protection du combattant), ces forces ne sont pas en mesure de contrer une menace aérienne ou maritime (notamment sur leurs plates-formes pétrolières). Leurs forces spéciales sont, de l’avis du général américain, les meilleures de la région, mais mener des opérations combinées nécessiterait encore une formation et un encadrement, qui ne sont, pour l’heure, plus à l’ordre du jour. Là encore, l’équilibre entre le désir de rester plus longtemps pour terminer la mission engagée et celui de mettre fin à une guerre déjà bien longue semble difficile à atteindre. La décision a, plus encore que de coutume, davantage relevé de considérations politiques, tant du côté irakien (dissensions internes) qu’américain (élections présidentielles), que de facteurs stratégiques objectifs.