Regard sur l’OTAN

Par Audronius Azubalis, Ministre des Affaires étrangères de Lituanie

Le système de sécurité international n’est ni statique ni figé. Il évolue sans cesse, se transforme et de nouvelles menaces, des nouveaux défis pour unesécurité nationale, régionale et mondiale surgissent continuellement. Pas un seul état, quelle que soit son importance ou son influence, ne peut répondre seul aux défis contemporains de la sécurité transatlantique. Les défis et menaces actuels pour la sécurité sont le plus souvent d’ordre transnational : le terrorisme international, la diffusion des armes de destruction massive, la piraterie, le changement climatique, les perturbations de l’approvisionnement en sources énergétiques, les attaques cybernétiques etc. Ces menaces n’ont pas de frontières, elles naissent souvent dans des régions éloignées, mais leur influence sur la sécurité transatlantique est énorme.

Pour y réagir de manière appropriée, les Etats-Unis ont besoin de l’Europe, et l’Europe a besoin des Etats-Unis. C’est pourquoi une vision transatlantique toujours plus coordonnée et des actions communes entre les USA et l’Europe pour la construction et la consolidation de la paix, de la sécurité et de la stabilité sont absolument indispensables.

L’OTAN n’a de cesse de s’adapter aux situations de sécurité en constant changement de par le monde, et entreprend sans cesse de nouvelles actions. En témoignent les opérations en Afghanistan, un intérêt accru pour la lutte contre le terrorisme international, la diffusion d’armes de destruction massive, les nouvelles menaces telles la sécurité énergétique et les attaques cybernétiques. On observe une évolution non seulement de la géographie des actions de l’Alliance et des moyens mis en œuvre, mais aussi de la réflexion politique et des documents stratégiques de l’Alliance. Le processus de création du nouveau Concept stratégique est en cours au sein de l’OTAN.

Le nouveau Concept stratégique

Le Concept stratégique est un document fondamental et stratégique d’action pour l’Alliance. Il définit les objectifs et devoirs de l’OTAN pour les 10-15 années à venir, évalue l’environnement et les perspectives stratégiques de sécurité donne des indications pour le renforcement des forces de l’Alliance. Le Concept stratégique actuel est en vigueur depuis 1999. Cependant, étant donné les changements du système international de sécurité, du développement de l’Alliance elle-même et de sa transformation durant les dix dernières années, il a été décidé en mars 2009 lors du sommet de l’OTAN à Strasbourg-Kehl la création d’un nouveau Concept stratégique.

Le processus d’élaboration de ce Concept stratégique est unique : c’est la première fois que les recommandations quant à la préparation de son contenu ont été confiées non pas à des militaires ou des diplomates, mais à un Groupe d’Experts, sous la direction de l’ancienne Secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright. Voilà une preuve de la volonté de transparence, d’ouverture du processus et d’y inclure le plus de partenaires possibles comme les organisations internationales, les organisations non gouvernementales, ainsi que les pays non membres de l’OTAN, partenaires de l’OTAN. Le Groupe d’Experts a rendu ses recommandations au Secrétaire Général de l’OTAN en mai 2010 et des discussions ont lieu en ce moment concernant les formulations concrètes du texte du nouveau Concept stratégique. Ce nouveau Concept stratégique devrait être validé fin novembre 2010 à Lisbonne lors du prochain sommet de l’OTAN.

On affirme parfois à tort que le nouveau Concept stratégique donnera de nouvelles interprétations et réponses au 5ème article du Traité de l’Atlantique Nord. Il s’agit d’un malentendu, car les devoirs du nouveau Concept stratégique ne consistent pas en une réécriture ou un changement du Traité. Ce Traité reste inchangé et le Concept stratégique ne peut et n’a pas pour objectif la remise en question des objectifs et principes essentiels de l’Alliance. Cependant, le nouveau Concept stratégique accomplira d’autres fonctions de grande importance :

- Planter les jalons des activités de l’OTAN pour les 10-15 prochaines années ;

- Envoyer le signal politiquement fort et indispensable que les objectifs essentiels de l’Alliance restent inchangés ;

- Identifier les menaces et défis les plus importants pour la sécurité de l’Alliance et de ses membres ;

- Définir pour les planificateurs et décideurs politiques les étapes du développement futur de l’OTAN, les priorités d’action de l’Alliance ainsi que la logistique en forces humaines, mécanismes et instruments pour assurer le plus efficacement possible la sécurité de ses membres ;

- Assurer la poursuite de la politique des portes ouvertes de l’Alliance ;

- Prévoir les partenariats de l’OTAN avec d’autres acteurs mondiaux incontournables : les principales organisations internationales, les partenaires traditionnels avec lesquels l’Alliance partage des intérêts communs.

Les principaux intérêts lituaniens :

Sans aucun doute, le nouveau Concept stratégique aura une influence considérable sur la sécurité et la politique étrangère, de défense et de sécurité nationale des états membres de l’OTAN. La Lituanie, relativement nouveau membre de l’Alliance, participe pour la première fois au processus important de création du nouveau Concept stratégique. Dans les discussions tenues jusqu’alors, les intérêts lituaniens suivants se sont cristallisés dans le contenu du nouveau Concept :

1. Le principe de défense collective – l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord stipule que le principal élément du nouveau Concept stratégique en préparation doit rester l’objectif essentiel de l’existence de l’Alliance. L’article 5 est la raison d’être de l’Alliance, il ne peut aucunement être remis en question. Au contraire, nous devons avoir une réflexion commune et prendre ensemble des mesures concrètes pour renforcer le fonctionnement réel de l’article 5 : plans de défense, exercices d’entraînement et formations permanents, développement des infrastructures de l’Alliance. Le nouveau Concept stratégique doit servir à renforcer le devoir solidaire de tous les pays membres, en envoyant un signal clair d’apaisement.

2. La conservation d’un lien transatlantique fort. L’OTAN est et doit rester le lieu principal pour débattre et prendre les décisions pour la sécurité des membres de la communauté transatlantique. L’union et la solidarité transatlantiques doivent non seulement se poursuivre, mais aussi se renforcer. L’opération en Afghanistan est un défi essentiel pour l’Alliance : en raison de désaccords économiques ou de politique intérieure, les pays membres ne peuvent ou ne veulent pas toutes s’engager comme il se doit dans l’opération, ceci pouvant être nuisible à la réussite totale de l’opération, et finalement même à l’OTAN elle-même.

3. La présence militaire américaine est indispensable en Europe. La dissuasion conventionnelle et nucléaire est la pierre d’angle de la garantie sécuritaire en Europe. De temps à autre, les initiatives des USA concernant le retrait des armes nucléaires de certains pays européens, ou l’opposition à la dislocation des installations de défense antimissile dans les pays européens membres de l’OTAN ne participeraient pas à la garantie d’une défense efficace en Europe en cas de danger réel.

4. Les priorités de l’Alliance en termes de forces humaines et de développement des infrastructures doivent être appliquées au renforcement de la défense des états membres : planification de la défense, entraînements, amélioration des infrastructures, police aérienne, coopération en matière de renseignement etc. L’objectif serait un déploiement géographique équitable des infrastructures de l’OTAN, en portant une attention particulière aux régions dont le niveau des menaces conventionnelles et autres est plus élevé.

5. L’OTAN doit être prête à lutter contre les nouvelles menaces. Une attention particulière doit être portée à la sécurité cybernétique et énergétique. Des équipes, des instruments et des mécanismes nouveaux de lutte contre les nouvelles menaces doivent être créées au sein de l’OTAN. Séparément, les pays membres de l’Alliance prennent des initiatives concrètes dans ce domaine : le centre de défense cybernétique de l’OTAN fonctionne avec succès en Estonie depuis quelques années, et dès l’année prochaine, la Lituanie accueillera sur son territoire le centre de sécurité énergétique. Il est cependant indispensable de mettre en place de plus grandes forces de lutte contre ces menaces, car il est évident que leur signification et leur influence pour la sécurité de toute l’Alliance vont en grandissant.

6. La révision des relations avec la Russie. L’Alliance doit évaluer de manière adéquate tant les aspects positifs de ses relations avec la Russie que l’apparition de problèmes essentiels et des menaces correspondantes. Les relations avec la Russie doivent être constructives et jalonnées de principe, soutenues par la confiance et le respect de part et d’autre. Les activités du Conseil OTAN-Russie sont très diverses, à travers un spectre large de questions et actions communes – lutte contre le terrorisme, la diffusion d’armes de destruction massive, coopération dans le domaine de la gestion de crise, lutte contre les narcotrafics, le piratage etc. Il existe cependant de nombreux points de désaccord : l’OTAN et la Russie voient de manière totalement antinomique l’agression militaire entre la Géorgie et deux régions séparatistes, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Quant à la Russie, elle qualifie le développement de l’OTAN de menace principale à sa sécurité nationale dans ses documents officiels de politique étrangère et de sécurité.

7. La poursuite du développement de l’Alliance. Les portes de l’OTAN doivent rester ouvertes à tous les états d’Europe qui souhaiteraient en devenir membres de plein droit et répondre à ses exigences. L’expérience d’intégration à l’OTAN de la Lituanie et d’autres pays d’Europe continentale et orientale est le meilleur exemple que le développement de l’OTAN est essentiel et efficace, et permet au mieux de garantir la sécurité, la stabilité et le bien-être en Europe. Nous devons toujours aspirer à la réalisation de la vision d’une Europe unie, libre et pacifique, c’est pourquoi il est indispensable de poursuivre la politique des portes ouvertes de l’OTAN et rester fidèles aux décisions de Bucarest concernant les perspectives d’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie à l’Alliance.

Formation d’un consensus

Même si les états membres de l’OTAN sont unis par les mêmes valeurs et principes, il est normal que des discussions intenses aient lieu autour de la création d’un nouveau Concept stratégique. C’est un processus démocratique normal : mêmes unis par les mêmes valeurs, les opinions divergent sur les modalités de défendre ces valeurs le plus efficacement possible. La situation géographique, la taille, les possibilités et l’influence de chaque pays membre de l’OTAN sont très différentes, tout comme le sont les effets des différentes menaces sur les pays membres.

Cependant, le processus de création du nouveau Concept stratégique représente la possibilité unique de démontrer l’un des principes essentiels de l’OTAN : – l’action solidaire et la vitalité, ainsi que la force du lien transatlantique unissant et depuis plusieurs décennies déjà les Etats-Unis à l’Europe, tout en garantissant leur sécurité mutuelle. C’est seulement en joignant leurs forces que les Etats-Unis et l’Europe pourront garantir de manière efficace non seulement la sécurité des communautés transatlantiques, mais la sécurité, la stabilité, la paix et le bien-être du monde entier.


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