RCA : un climat de violence croissante

Depuis le retrait des forces militaires françaises engagées dans le cadre de l’opération Sangaris (décembre 2013-octobre 2016), les attaques semblent avoir repris en intensité et en régularité en République Centrafricaine (RCA), causant plusieurs centaines de morts. En octobre dernier, l’opération «Bangui, ville morte», lancée par un groupe de personnes issues de la société civile excédées par l’inaction du gouvernement et remettant en cause l’efficacité du dispositif onusien (en demandant le départ des 12 000 casques bleus), s’était soldée par le décès de 6 civils et de 8 gendarmes.

Dans ce contexte, des «chefs de guerre», issus de l’ancienne coalition de mouvements rebelles de la Seleka (qui avait pris le pouvoir en mars 2013 chassant le président François Bozizé), devenue en juillet 2014 «Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique» (FPRC), continuent de semer la terreur et de s’affronter en dehors de Bangui. On se souvient ainsi des combats qui occasionnèrent le décès de 45 personnes à Kaga Bandoro, par les hommes du général Mahamat Al-Khatim, surnommé le «Président», régnant avec son Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC) d’une main de fer sur cette région frontalière avec le Tchad, en représailles de la mort d’un des siens après le vol d’un groupe électrogène d’une radio locale.

La préfecture d’Ouaka est le théâtre d’affrontements très violents entre le mouvement pour l’Unité pour la Centrafrique d’Ali Daras, dont le fief est Bambari dans le centre du pays, et le Front pour la Renaissance Centrafricaine (FPRC de l’ancien numéro deux de la Seleka, Nourredine Adam, désormais allié au MPC). Une «ligne de front» semble s’être formée entre les communes d’Ippy et de Bakala alors que, depuis fin septembre, près de 18 000 nouveaux déplacés ont ainsi été enregistrés dans la préfecture.

Face à cette situation très dégradée, la MINUSCA abandonne ses bases secondaires au profit de regroupements de forces plus importants, afin de regrouper et former une force plus consistante pour «plus de mobilité, plus de flexibilité et une plus grande réactivité», selon le général sénégalais Balla Keita. Qui prévient que la ligne entre Ippy et Bakala constituait de facto la «ligne rouge» à ne pas franchir par les différents groupes armés sous peine de réponse aérienne de la part de la mission onusienne.

Dans le Nord-Ouest du pays frontalier avec le Cameroun, quinze personnes ont été tuées il y a quelques jours suite à l’attaque et au pillage de la ville de Bocaranga par des éléments armés affiliés au groupe dit «3R» (pour «Retour, Réclamation et Réhabilitation») du général Sidiki, issu du mouvement des anti-Balaka, remettant ainsi en cause le lent et difficile processus onusien de DDRR (désarmement, démobilisation, réhabilitation, réintégration) et le programme centrafricain de «réduction de violence communautaire» (RVC). Ce dernier s’adresse aux personnes qui ne répondent pas au critère du DDDR onusien mais qui ont été ou restent associées aux violences de manière plus ou moins actives et vise à leur offrir des opportunités d’activités génératrices de revenus.

Dans le même temps, le Conseil de sécurité de l’Onu s’est refusé une nouvelle fois à lever l’embargo sur les armes, voté par l’Assemblée générale des Nations unies, en décembre 2013, malgré la demande du président Faustin-Archange Touadéra, lors de la dernière AG en septembre 2016. Cet embargo empêcherait les premiers bataillons des Forces armées centrafricaines (FACA), formés dans le cadre de l’opération européenne de formation militaire (EUTM-RCA, lancée en avril 2016) de prendre part dans le processus de stabilisation. L’objectif de disposer de 5 300 troupes supplémentaires à dispatcher sur les 14 circonscriptions que compte le pays est devenu un enjeu politique, âprement discuté au sein de l’Assemblée nationale populaire.

La semaine dernière, le ministre centrafricain de la Défense, Joseph Yakete, a accusé les députés et le premier d’entre eux, Karim Mekassoua, de faire obstruction pour la levée de l’embargo, confirmant une opposition de plus en plus flagrante entre le Gouvernement du Premier ministre Simplice Sarandj et la représentation parlementaire.

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