Rafale : les choix du Qatar

RAFALE FASSi, longtemps, la vente à l’export du Rafale de Dassault Aviation était basée sur un standard en tout point identique à celui de l’armée de l’Air, l’ouverture de la plate-forme aux équipements étrangers explique peut-être aussi le regain d’attrac­tivité du Rafale à l’export. Ainsi le contrat signé le 4 mai dernier avec le Qatar l’illustre.

Ayant procédé à l’évaluation technique du Rafale dès 2012, la Qatar Emiri Air Force (QEAF) avait pu comparer certains des systèmes de mis­sion de l’avion français avec ceux des chasseurs qui lui étaient opposés (Eurofighter, F-18 Super Hornet, etc.). Au final, si la QEAF a bien sélectionné la panoplie de combat du Rafale, y compris le nouveau missile Meteor de MBDA, elle a écarté la nacelle de désignation Damocles de Thales au profit du pod Sniper de Lockheed Martin, jugé plus adapté à ses besoins, notamment pour les missions aéromaritimes.

Reconnu par ses différents utili­sateurs de l’Otan, comme un des meilleurs pods de désignation de cibles disponibles, avec une qualité d’image très élevée, notam­ment en voie IR et caméra CCD à fort grossissement, l’AN/AAQ-33 Sniper Advanced Targeting Pod est la nacelle de désignation laser standard de l’US Air Force et de l’US Navy.

Plus de mille exemplaires de ce pod de désignation ont été livrés à ce jour par Lockheed Martin, et le modèle le plus récent, Sniper ATP-SE (Advanced Targeting Pod – Sensor Enhancement), a été qua­lifié par l’USAF en 2014 en même temps que le pod AN/AAQ-28 Litening de Rafael/Northrop Grumman, qui est l’autre nacelle de référence la plus utilisée dans le monde (y compris dans l’Otan).

Rappelons que seuls les avions équipés d’une nacelle de désignation de cible sont en mesure de lancer et de guider des armements laser (en autonome ou au profit d’ailiers). En France, ce fut le cas il y a près de quarante ans avec la nacelle Atlis I produite par Thomson-CSF Optronique (avec le concours de Martin Marietta) pour les Jaguar et Mirage F1CR de l’armée de l’Air.

C’est en 1975 en effet que Thomson-CSF conclut un contrat avec Martin Marietta Aerospace (devenu Lockheed Martin) pour le développement d’une nacelle de guidage dotée d’un télémètre et désignateur laser mis au point par CILAS. Testé par l’armée de l’Air sur Jaguar pendant plusieurs années, l’Atlis déboucha sur un système plus complexe désigné Atlis II associé à une visualisation de cabine et à un système de guidage (via digibus) adapté au tir de la bombe BGL 1000 et du missile AS30L. L’Atlis II fut ultérieurement utilisé sur les Super Étendard de l’Aéronautique navale lors de la guerre du Kosovo, pour assurer le guidage laser des bombes GBU-12.

Forte de l’expérience opérationnelle positive de ce premier pod, associant télémètre illuminateur et caméra TV, Thomson-CSF développa ensuite pour le Mirage 2000D le PDLCT (pod de désignation laser & caméra thermique) muni, pour les frappes de nuit, d’une caméra avec voie thermique IR. Entré en service en 1993, le PDLCT fut ensuite complété par le PDLCT-S (pod de désignation laser & caméra thermique – synergie), apportant des améliorations qui ont par la suite permis la mise au point par Thales du pod Damocles, doté de fonctions zoom performantes, d’abord développé pour le Mirage 2000-9 de l’UAE Air Force avant d’être sélectionné pour le Rafale F3 de l’armée de l’Air.

Pour plusieurs des évaluateurs étrangers qui ont testé le Rafale, le chasseur de l’armée de l’Air est considéré excellent dans tous les domaines essentiels, mais l’offre Rafale présente actuellement deux points sur lesquels elle n’est pas nécessairement adaptée aux exigences des clients étrangers : l’absence de viseur de casque intégré Helmet Mounted Display pour le pilote (ce qu’offrent en standard tous les concurrents) et le pod Damocles (ce que devrait corriger Talios, le futur pod de désignation laser de Thales, qui sera intégré au Rafale à l’horizon 2018).

La France a décidé que les performances du pod Damocles étaient conformes aux besoins de l’armée de l’Air pour ses missions actuelles. Son évolution, arbitrages budgétaires obligent, a donc été mise en suspens alors que, les cycles étant de plus en plus rapides en matière d’optronique, les performances des pods israéliens ou américains concurrents ont avancé. De la même manière, les aviateurs de l’Indian Air Force ont retenu pour leur Rafale le pod Litening de Rafael et le HMD Elbit déjà utilisés sur Sukhoi Su-30 et Mirage 2000.

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