Quand le BND « espionne » les Européens pour la NSA

BND«Apparemment, le BND mène une vie indépendante, il faut faire cesser cela», a déclaré dimanche soir le vice-chancelier Sigmar Gabriel lors de la rencontre des chefs de la coalition gouvernementale. La collaboration entre les services du renseignement extérieur allemands (BND) et la NSA est en effet revenue sur le devant de la scène politique allemande après que des médias (BILD / Der Spiegel) aient divulgué le contenu de rapports internes à la Chancellerie concernant une aide fournie par le BND à la NSA, au moins entre 2002 et 2005, probablement au-delà.

Dans un accord signé en 2002 par l’actuel ministre social-démocrate des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, à l’époque secrétaire général (Kanzleramtsminister) de la Chancellerie fédérale, l’Allemagne autorisait les Américains à utiliser les résultats des écoutes téléphoniques et des interceptions internet réalisées par le BND dans le cadre de la lutte antiterroriste. La NSA a alors régulièrement envoyé ses «commandes» sous la forme de dizaines de milliers de noms et de mots-clés.

A partir de 2005, des notes émanant de collaborateurs du BND ont commencé à alerter leur hiérarchie sur la nature des demandes américaines. Une bonne partie d’entre elles ne concernaient plus la traque des terroristes mais la recherche d’informations politico-économiques stratégiques provenant d’entreprises et de gouvernements européens, entre autres le gouvernement français, mais aussi EADS, Airbus, Eurocopter, etc. En clair, les Américains ont passé la ligne rouge et pratiqué l’espionnage économique sous couvert de lutte contre le terroriste.

Même si toutes les demandes US n’ont pas été satisfaites, le BND allemand a aidé les Américains à espionner les Européens ! Les constatations des collaborateurs du BND n’ont pas manqué de remonter à la chancellerie fédérale, qui est directement responsable des services secrets. Le secrétaire général de l’époque était alors Thomas de Maizière, qui a aussi été ministre de la Défense et est l’actuel ministre de l’Intérieur d’Angela Merkel.

Aujourd’hui, la question est donc de savoir qui, au sein de la chancellerie, était informé ? Et jusqu’à quand le BND a continué à «rendre service» à l’ami américain ? Selon les médias allemands, des notes internes à la chancellerie datant de 2008 et 2010 évoquent avec une formulation vague le fait que les Américains poursuivent leur activité et que l’on peut «difficilement empêcher» l’espionnage économique.

En ce qui concerne le cercle des initiés, on y compte sans nul doute les services de la Chancellerie et son secrétaire général, mais peut-être aussi la chancelière allemande. Evidemment, celle-ci a jusqu’à présent évité le sujet. Elle s’est contentée d’expliquer lors de son dernier voyage en Pologne qu’il «fallait faire toute la lumière» sur cette affaire, une formulation qu’elle utilise en général quand il y a quelque chose à cacher.

Une chose est en tout cas certaine : les députés fédéraux, tant ceux de la Commission des services secrets que ceux de la Commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Snowden, n’ont pas été informés. Aujourd’hui, las de se faire rouler dans la farine par des services secrets et un gouvernement qui pratiquent la rétention d’informations et qui, sur le fond, considèrent que l’aide des services secrets américains est irremplaçable, quitte à la payer au prix de non-respect du droit et des lois, ces députés demandent des explications.

«Tout laisse à penser que l’affaire Snowden va devenir un problème pour la chancelière», a attaqué Burkhard Lischka, un des porte-paroles du SPD. Un avis que partage l’opposition écologiste, qui dénonce une «tactique de dissimulation». Les Verts réclament à nouveau une audition d’Edward Snowden en Allemagne, devant la commission d’enquête parlementaire sur la NSA, ceci afin d’éclaircir la responsabilité de Mme Merkel dans cette affaire.

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