Qatar : la dimension libyenne  

En accédant au trône en 2013, le nouvel émir du Qatar, Tamim ben Hamad al-Thani, avait promis un changement radical dans la politique de bienveillance accordée à la nébuleuse des Frères musulmans, ainsi qu’à d’autres mouvements de l’islam radical, et un apaisement de l’émirat gazier avec les autres pétromonarchies.

Pourtant dès mars 2014, le Bahreïn, les EAU et l’Arabie Saoudite ont accusé Doha de ne pas tenir ses engagements et rappelé leurs ambassadeurs. En réponse, le Qatar signera quelques semaines plus tard un accord de défense avec la Turquie, et accueillera une représentation diplomatique du Hamas et des talibans. Mais c’est l’enjeu sécuritaire et économique libyen qui est au cœur de la décision du Caire, de Riyad, d’Abou Dhabi et de Manama de rompre leurs relations diplomatiques avec Doha.

Alors que la presse britannique révélait les fonctions diplomatiques à Ankara du père du djihadiste de Manchester, Hachem Abedi, et ses liens avec Al-Qaida à travers le groupe islamiste LIFG, la chaîne d’information qatarie Al-Jazeera a multiplié, la semaine dernière, les attaques contre le maréchal Haftar, l’accusant notamment de s’appuyer sur Daech. Et c’est la diffusion, vendredi, d’une caricature représentant le roi Salmane, accompagné du maréchal Sissi devant un Pinnochio géant, qui a mis le feu aux poudres.

Si l’émir Tamim al-Thani a exigé immédiatement la tête du PDG d’Al-Jazeera, et délégué des membres de sa cour pour présenter ses excuses au Royaume wahhabite, l’isolement diplomatique du Qatar a coïncidé avec une offensive militaire des troupes du maréchal Haftar en Libye. Profitant du bouclage de la frontière soudanaise par les Egyptiens, Haftar a repris la base stratégique de Joufra, à partir de laquelle les Brigades de Défense de Benghazi, financées par Doha, ont déclenché toutes leurs attaques depuis deux ans vers le sud et l’est de la Libye. L’inquiétude suscitée au sein des tribus de la Tripolitaine par l’arrêt de la manne financière de Doha est un autre atout dans la manche d’Haftar.

Quant aux forces spéciales Radda, fortes de 1 500 hommes, maîtresses de l’aéroport de Tripoli et encore intégrées au ministère de l’Intérieur du gouvernement Sarraj, elles se sont montrées très efficaces pour débarrasser la Tripolitaine des combattants de Daech. Elles cherchent à se substituer aux réseaux du Mufti Sadiq el-Ghariani, qui fédère l’ensemble des milices djihadistes. Fervente disciple de l’école salafiste saoudienne «Madkhaliste», la force Radda est en réalité étroitement liée à Riyad, allié d’Haftar, et pourrait bien jouer un rôle majeur dans la redéfinition des équilibres au sein du pouvoir Libyen.

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