Premières sorties pour la frégate “Tahya Misr”

Tahya MisrTransférée officiellement le 23 juin dernier à la Marine égyptienne, l’ex-FREMM “Normandie”, désormais baptisée FFG-1001 “Tahya Misr”, a pris la mer pour la première fois sous son nouveau pavillon le lende­main, le 24 juin, pour une série de sorties d’entraînement.  Programmées en Atlantique et le long des côtes méridionales de la Bretagne, ces sorties sont destinées à vérifier le comportement des hommes d’équipage dans la conduite du bateau. Elle vont durer en tout quatre semaines et comporteront des entraînements de nuit comme de jour.

Le départ définitif pour Alexandrie, futur port d’attache de la frégate, ne devrait intervenir que vers la fin juillet ; la date du 23 est évoquée, sachant que le navire aura besoin de neuf jours de mer, à la vitesse moyenne de 18 nœuds, pour rejoindre l’Egypte après avoir fait une escale à Brest, afin de réaliser un premier plein de munitions de 76 et de 20 mm pour son artillerie de bord. Le 6 août prochain, la frégate “Tahya Misr” doit en effet ouvrir, survolée par les premiers Rafale égyptiens, la grande parade militaire organisée par le gouvernement égyptien pour inaugurer le nouveau tronçon du canal de Suez, qui va permettre l’augmentation du rythme des passages de navires marchands dès cet été.

Placé sous le commandement du capitaine de frégate Muhammad Nabil, l’équipage de la FREMM égyptienne est une entité déjà soudée puisque, il y a quelques mois encore, elle constituait l’équipage d’une des quatre frégates de la classe “Oliver Hazard Perry” — des bâtiments lance-missiles de 4 000 tonnes cédés par l’US Navy à l’Egypte en 1996 et 1998, dans le cadre de l’aide militaire de Washington au Caire.

L’équipage de 135 marins, formés depuis mars dernier à Lorient par DCNS et NAVFCO, est donc loin d’être novice et se concentre prioritairement sur le maniement d’une FREMM, l’un des bâtiments de surface les plus automatisés du monde. Pour aller vite et afin d’aguerrir efficacement l’équipage de la nouvelle FREMM, la Marine égyptienne s’est adjointe pour une durée contractuelle de quinze mois le concours de spécialistes de DCI-NAVFCO — tous anciens de la Marine nationale —, qui vont aider l’équipage du “Tahya Misr” à approfondir sa connaissance du bateau. Une équipe d’une quarantaine de personnes de DCI, sous les ordres du capitaine de vaisseau (R) Charles-Henri Ferragu, chef de programme à la direction des navires de surface de NAVFCO, va ainsi épauler l’équipage égyptien pendant plus d’une année, afin de parfaire son instruction, notamment sur le système d’armes du navire.

Au cours des mois à venir, le travail des marins du “Tahya Misr” se concentrera sur la navigation et l’autodéfense de la frégate, la période suivante sera, elle, entièrement consacrée à l’utilisation opérationnelle de la FREMM avec, selon toute probabilité, des manœuvres communes avec une FREMM de la Marine nationale lors d’un des exercices franco-égyptiens «Cleopatra» à venir.

Si l’acquisition d’un «sistership» est d’ores et déjà prévue par la Marine égyptienne, selon les propres mots du contre-amiral Osama Rabie, chef d’état-major, on n’en connaît toutefois pas la date. Il correspond aux besoins du Caire de disposer au moins d’une frégate furtive sur chacune des deux mers bordant l’Egypte, et d’assurer ainsi une protection complète des approches du canal de Suez.

Rappelons que c’est en fin d’après-midi du 23 juin dernier que la FREMM D 651 “Normandie” de la Marine nationale, mouillée sur le Scorff, est devenue officiellement la FFG-1001 ENS “Tahya Misr” (Vive l’Egypte) à Lorient, au moment où le pavillon rouge blanc et noir frappé de l’aigle d’or de la République arabe d’Egypte a été hissé à la poupe du navire sous les applaudissements de l’équipage et des nombreux invités présents aux côtés des ministres de la Défense des deux pays, le général Sedki Soubhi pour l’Egypte et Jean-Yves Le Drian pour la France. Jamais, dans l’histoire de DCNS, la cession d’un bâtiment de surface majeur, comme la FREMM “Normandie” à la marine égyptienne, n’a été conclue aussi rapidement.

La mise en conformité de la “Normandie” avec les besoins égyptiens a demandé plus de trois mois et a consisté surtout à modifier partiellement l’armement de bord (par la suppression notamment des deux silos Sylver A70 destinés au lancement des seize missiles de croisière MdCN) et de démonter l’ensemble de guerre électronique offensive, notamment les brouilleurs Sigen (matériels franco-italiens sensibles absents également sur la FREMM D 701 “Mohammed VI”, livrée au Maroc en janvier 2014) ainsi que les matériels de communication de type Otan (Liaisons 11 et 16). Tout l’armement antiaérien (missiles Aster 15 et 30) et mer-mer (Exocet MM40 Block 3) et torpilles MU90, ainsi que les systèmes de leurrage ont été conservés, faisant du “Tahya Misr” le bâtiment le plus puissant de la Marine égyptienne.

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