Pourquoi cette crise

Fin de clap ! Le général de Villiers a annoncé sa démission. Dès le lundi, les premiers éventuels successeurs ont été auditionnés. Et le mercredi, le général François Lecointre, a été nommé. Sa tâche sera délicate. Puis le jeudi, le Président de la République devait s’adresser aux troupes. Le premier épisode d’un psychodrame classique avait trouvé sa conclusion. Classique ? Oui.

Car chaque année, avec plus ou moins d’intensité, la Défense — pardon les Armées — était la variable d’ajustement des déséquilibres budgétaires. Jusqu’à ce nouveau quinquennat. Où une fuite, certainement pas innocente, aurait justifié la séquence du 13 juillet lors de la réception à l’Hôtel de Brienne. La réponse, jupitérienne, à la mise en cause d’un «arbitrage», celui évoqué lors d’un Conseil de défense, qui pour les uns ou les autres n’en était pas un. Ou éventuellement n’avait pas, formellement, été annoncé. L’annonce en avait été faite dans un quotidien par le ministre du Budget le 11 juillet !

Reste la question budgétaire ! Elle se résoudra pour cette année par un glissement vers le futur d’investissements, de commandes de matériel. Un grand classique. Nous l’évoquions la semaine dernière avant que n’éclate la crise.

Mais en ce début de quinquennat, pour tenter de comprendre la crise, l’essentiel est ailleurs. Dans le fonctionnement pas encore «fluide» de l’Exécutif. Responsables «nouveaux», cabinets trop réduits, nécessité d’aller vite pour éviter les flottements de l’été 2012, dialogue interministériel à mettre au point. A cela s’ajoute, après le bilan de la Cour des Comptes, l’impératif d’économiser 4 milliards d’euros, les annonces fiscales intempestives et corrigées, la volonté élyséenne de mieux maîtriser la haute administration en faisant un exemple, l’espoir, au Budget, d’inverser le rapport de forces des dernières années avec Brienne. S’ajoutent aussi l’usure des matériels utilisés en opex, des disponibilités opérationnelles insuffisantes.

Bref, chacun parlant, plus ou moins fort, défendant son pré carré. Tout a pesé, les mots et les silences, le passé récent, les visions d’avenir, les trajectoires personnelles. Certains voudront voir dans l’épisode une dérive «autocratique», en bâtissant une lecture très politique. D’autres, la revanche de Bercy. D’autres encore, les erreurs du général de Villiers depuis le début de Sentinelle, qui n’aurait été qu’un moyen pour obtenir de nouveaux crédits. D’autres, plus réalistes, noteront que, durant ces deux semaines, Florence Parly, la ministre, «a fait sont job» en Conseil de Défense. Ainsi que son cabinet. D’autres se souviendront qu’au-delà d’un CEMA, c’est un ministre de la Défense qui en 1991 avait démissionné !

Mais pour ce qui est du Budget 2017, c’est encore la ministre qui, lors d’un déplacement en Jordanie, a expliqué comment, pour participer «à la solidarité gouvernementale», on résoudrait le problème : en faisant «porter les réductions sur les programmes d’investissement à long terme». Du classique réaliste. Qui ne méritait pas que le psychodrame prenne la dimension que l’on a connue durant une semaine.

Pour le reste, la trajectoire annoncée pour atteindre les 2% du PIB en 2025, au-delà des «objectifs» du Président de la République, c’est l’évolution de notre économie, les multiples modernisations dans les autres ministères, donc des économies… ailleurs, qui permettront, espérons-le, d’y parvenir.

Après le départ du DGA et la démission du CEMA, la ministre des Armées a décidé, pour ne pas se retrouver brusquement privé de trois de ses grands commandeurs et conserver un minimum de stabilité sur les postes, de prolonger d’un an le SGA Jean-Paul Bodin.

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