Tsahal: entre détermination et surestimation

Par Guillaume Belan, Rédacteur-en-chef de TTU Online

Lancé le 27 décembre, l’opération « Plomb durci » devait faire cesser les tirs de roquettes Qassam et Grad sur les villes israéliennes, qui avaient repris suite à la fin du cessez-le-feu, instauré depuis fin juin dernier. Mais l’enjeu pour Tsahal dépasse le seul cadre sécuritaire du sud du pays. Suite aux échecs de la guerre du Liban de 2006, l’objectif est aussi de redonner confiance à l’armée israélienne tout en réinstaurant le mythe de l’invincibilité de l’état hébreu. Premier bilan à chaud de trois semaines de conflit.

Les indicateurs étaient « au rouge » depuis plusieurs mois. Les hauts responsables militaires israéliens se relayaient pour prévenir de l’imminence du conflit à Gaza. « Nous sommes à un haut niveau d’alerte » confiait un officier israélien rencontré à Tel Aviv début du mois de décembre. « L’affrontement à Gaza est inévitable et pour bientôt » menaçait-il. « Le Hamas ne cesse de devenir plus puissant, mieux organisé et toujours mieux armé ». A la rupture du cessez-le-feu, mi-décembre, les explosions des roquettes Qassam et Grad d’origine iranienne se multiplient. La réponse de Tsahal ne se fait pas attendre. L’opération « Plomb durci » est lancée.

Avec près de 900 palestiniens tués à ce jour, Tsahal estime, probablement à juste titre, avoir porté un coup très dur aux structures politiques et militaires du mouvement radical islamiste.

Mais ce qui surprend est le peu de résistance armée de la part du Hamas, pourtant crédité à la veille des opérations de 15 000 combattants et de très nombreux armements. Mais, après près de 20 jours d’intervention israélienne, aucun tir de RPG n’a été enregistré tandis que l’armement sol-air du Hamas demeure inexistant. Le seul armement sérieux en possession du Hamas semble donc se limiter aux roquettes Fadjr, version iranienne du Grad russe, dont les tirs se poursuivent malgré les efforts de Tsahal.

Dans la même veine, les services de renseignements israéliens prévenaient que le terrain dans Gaza serait miné. Selon des officiers rencontrés sur place en décembre « des maisons sont bourrées d’explosifs prêts à être déclanchés dès l’arrivée de nos troupes, tandis que des IED sont placés en des points clefs. » Or, rien de tout cela ne semble avoir eu lieu. Pour preuve les pertes très légères de Tsahal, avec une dizaine de morts pour plus de 15 jours d’opérations, tandis qu’aucun blindé hébreu n’a été perdu.

Tsahal aurait-il surévalué les capacités du Hamas ? Tout porte à le croire.

Cette surévaluation peut trouver son fondement dans l’échec de la dernière guerre du Liban, où Tsahal avait eu à faire face à une résistance armée du Hezbollah bien mieux préparée que ce qu’escomptaient les responsables militaires israéliens. Le fait d’avoir en 2006 sous-estimé les capacités du Hezbollah pourrait avoir poussé Tsahal, traumatisé par cet échec, à avoir surestimé celles du Hamas aujourd’hui.

Reste que depuis 2006, le mythe de l’invincibilité de Tsahal avait été écorné. L’Etat hébreu ne pouvait pas se permettre de perdre à Gaza. D’où l’intensité des combats lancés par l’armée israélienne, qui se doit de restaurer sa capacité dissuasive. Comme un message adressé au Hezbollah et à l’Iran. Comme une preuve de sa détermination à assurer efficacement sa sécurité, quitte à fleurter avec l’inacceptable (utilisation de munitions au phosphore blanc).

De ce traumatisme de 2006, l’IDF (Israeli Defence Force) avait donc depuis deux ans, revu ses stratégies, ses équipements et ses modes opératoires. Redonner plus de place au combat d’infanterie (avec le développement d’un nouveau VCI, le Namer), améliorer les systèmes de blindages actifs (Trophy), développer un fusil d’assaut plus compact et efficace (le Tavor), miser sur le combat coopératif et le renseignement… (voir TTU n° 698)

Même si Tsahal n’a pas encore complètement achevé le virage de sa transformation aux lumières de la guerre du Liban, les leçons tirées sont aujourd’hui appliquées à Gaza. Mais Gaza n’est pas le Sud Liban, plus escarpé et moins habité ; et le Hamas n’est pas le Hezbollah, bien mieux organisé et armé.


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