Pas de «Qexit» !

Alors que la crise opposant le Qatar et ses voisins du Golfe s’enlise, la dislocation de l’Organisation du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) est l’un des scénarios redoutés pour son effet de déstabilisation régionale. En visite à Paris pour faire valoir les positions de Doha dans ce différend, le ministre qatari des Affaires étrangères, cheikh Mohamed Abderrahmane Al-Thani, a écarté toute intention de son pays de sortir du CCG. A condition toutefois que l’institution soit réformée pour respecter la souveraineté des Etats membres. «Le Qatar reste engagé dans la sécurité du Golfe», ce qui exclut la possibilité d’un «Qexit» — en référence au Brexit —, a-t-il assuré.

Bien que cette organisation, qui réunit l’ensemble des monarchies arabes du Golfe, dominée par l’Arabie Saoudite, ne reste qu’un cadre politique de solidarité face à des menaces extérieures, sans réel mécanisme d’intégration régional, elle reste, selon lui, un pôle de stabilité dans la région. Le Qatar avait pourtant été exclu de la coalition militaire conduite par l’Arabie Saoudite au Yémen dès le déclenchement de la crise en juin dernier.

Dénonçant le «blocus» imposé à son pays par le front anti-Qatar (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis, Bahreïn, Egypte), le ministre a prévenu qu’avec de telles mesures, «ces pays poussaient le Qatar vers l’Iran alors même qu’ils l’accusent d’être proche de la République islamique». Tout en rappelant que 96% du commerce entre le CCG et l’Iran passe par les Emirats Arabes-Unis et que le Qatar n’est que le cinquième partenaire commercial de l’Iran.

L’objectif recherché est «clairement de tenter d’imposer un changement de régime de l’extérieur» à Doha, par tous les moyens, y compris «la menace de recourir à la force militaire».

La diplomatie qatarie a accueilli favorablement la nomination d’un envoyé spécial français pour la crise du Golfe, l’ambassadeur Bertrand Besancenot (ancien ambassadeur à Doha et Riyad), mais espère que sa mission se limitera à un soutien à la médiation koweïtienne.

Notons que la position française semble de plus en plus favorable à l’approche qatarie des négociations – c’est-à-dire sans application des treize conditions préalables imposées par le front anti-Qatar. Bertrand Besancenot devrait débuter sa mission, dès la fin de la session de l’Assemblée générale de l’Onu, par une tournée dans les pays concernés.

Quant aux Américains, ils restent actifs sur le dossier : c’est à la demande du président Trump que l’émir du Qatar avait pris l’initiative d’appeler, le 8 septembre, le numéro deux saoudien, le prince héritier Mohammed Ben Salmane. A Washington, on insiste pour qu’une solution rapide soit trouvée, sur la base de la feuille de route proposée par le secrétaire d’Etat Rex Tillerson pendant sa tournée dans le Golfe en juillet.

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